Le Calepin de Marc-André Lévesque…

Par Chatquilouche @chatquilouche

Je suis un roseau. Au vent, je plie dangereusement, mais je ne casse pas. Je suis une crue de rivière, je me dévaste suite à des déversements d’idées préconçues, je suis une marée haute qui érode nos conditionnements inféconds, je suis une tempête tropicale qui frappe les privilèges des possédants, je suis un missile à tête chercheuse qui cible de pauvres amours, je suis une arme qui éclate dans les images faussées de nos médias, une unité de combat qui lutte contre l’hypocrisie, une alarme dans la nuit américaine, une montagne sacrée arrivée à sa date de préemption, une oreille attentive écoutant les raisons de notre désarroi. Je suis un miracle qui veut s’étendre au genre humain et qui se bute à des murs érigés sur la folie. Je suis un amoureux fou de la vie, je me façonne sur la girelle d’une potière, avec ses mains magiques elle me donne le courage d’aller plus loin.

Ce nouveau continent…

Nos déceptions, nos peines, notre naïveté et nos si bêtes amours nous ont fait franchir ce nouveau continent qui flotte au large de nous-mêmes. Nous y avons mis gauchement le pied un matin d’incertitude, où dépassés par les rumeurs du jour, un vent de folie s’est levé en nous poussant toujours plus loin dans l’inconnu. Nous avons cru que c’était solide, mais nos pas s’enfonçaient profondément dans ce que nous avions été, dans nos souvenirs de plastique. Les bruits mouillés qui se faisaient entendre de nos marches sur cette île se répercutaient aux amas de matière qui se formaient. Une pancarte à vendre faisait partie de ce lot incompréhensible. Des gens avaient répondu à ce mauvais appel et bientôt le nouveau continent fut peuplé de ceux qui venaient y flotter pour le reste de leur vie.

Une lumière est allumée…

Tiens, une lumière est allumée derrière cette maison où il n’y a avait aucun signe de vie. Depuis hier dans la soirée, cette maison est éclairée intérieurement et extérieurement. Je ne vois cependant pas âme qui vive. Juste des lumières. Comme si, un système automatisé les allumait et les éteignait. Je ne suis pas voyeur, je remarque les changements qui s’agitent parfois et reculent. Cette maison suggère des drames : une femme y vivait seule, elle a été trouvée morte dans son garage, sa mort ressemble à un suicide, mais qui sait ; un vieil homme y vivait, il était très apprécié de son entourage et surtout des enfants ; d’ailleurs, il mettait sa piscine à leur disposition – la police l’a récemment arrêté pour pédophilie ; une jeune femme a été internée, car elle délirait, elle se promenait sur la rue en pyjama tenant une poupée dans ses bras ; depuis que son mari et son enfant étaient morts dans un accident, elle avait effectué une descente dans les plus bas fonds de la folie ; elle habitait là… Une lumière allumée dans la maison laissait supposer que quelqu’un y habitait, mais je n’en suis pas certain…

L’auteur

Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)