Thomas H. Cook : Au lieu-dit Noir-Etang

Par Lebouquineur @LBouquineur

Thomas H. Cook est un écrivain américain né en 1947 à Fort Payne, en Alabama. Il a été professeur d'anglais et d'histoire ainsi que secrétaire de rédaction au magazine américain Atlanta avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Il vit actuellement à New York et au cap Cod. Son roman, Au lieu-dit Noir-Etang, date de 1996 mais 2012 pour l’édition française. 

Août 1926 en Nouvelle-Angleterre. Arthur Griswald qui dirige la Chatham School où son fils Henry est élève, engage Mlle Channing, une jeune professeur d’arts plastiques. Moins d’un an plus tard, à la fin de l’exercice scolaire, un drame mortel au lieu-dit Noir Etang dévastera l’école, la petite ville et les principaux acteurs de cette tragédie. 

Si le bouquin est édité dans la collection « Policiers » sachez tout de suite qu’il n’a rien à y faire, du moins si on se réfère aux codes traditionnels du genre. Il s’agit par contre d’un excellent roman psychologique avec des morts brutales et une révélation ultime juste avant le point final.

Son atout principal tient dans sa construction narrative. Henry, devenu un vieil homme, se souvient de cette journée de 1927 où tout s’est déroulé. Lentement il va retracer tous les évènements survenus durant les quelques mois qui ont précédé, l’arrivée de Mlle Channing, les liens d’amitié qui se tisseront entre elle et Mr Reed, un professeur de lettres, marié et père d’une petite fille, sa place à lui, privilégiée, entre les deux professeurs. Et puis ce jour fatidique, ensuite le procès, la condamnation. Le suspense est habilement conduit car dès les premières pages nous savons qu’il va y avoir un drame, que certainement Mlle Channing va être accusée de quelque chose, mais de quoi ? Chaque page lâche une information mais la vérité – qui n’a que faire des apparences - ne semble jamais révélée entièrement et le lecteur devra attendre les toutes dernières lignes pour savoir et s’étonner. Du grand art.

L’écriture, de même que le traitement du sujet évoquent certains romans du XIXème siècle, un romantisme tragique, des acteurs prisonniers d’un destin qui leur échappe. Reed rêve d’une autre vie, plus aventureuse ; Henry chérit la liberté comme tous les adolescents ; Mlle Channing a beaucoup voyagé et a vécu en Afrique, tous essayeront de trouver une « place entre la passion et l’ennui, l’extase et le désespoir, la vie à laquelle nous ne pouvons que rêver et celle qui nous est insupportable » au risque de se perdre.  

Un très bon roman.