L'Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire ikéa [Romain Puértolas]

Par Charlotte @ulostcontrol_
Hello,
Si l'histoire du Fakir ne me faisait pas du tout envie au début, le bourrage de crâne médiatique a eu raison de moi et ma curiosité m'a finalement poussée à me pencher sur cette histoire à priori extraordinaire.
Ajatashatru Lavash Patel est un fakir indien expert en tours de magie, prestidigitations de toutes sortes et arnaques aussi diverses qu'étonnantes. C'est d'ailleurs en escroquant tous les habitants de son village natal qu'il a pu payer son billet d'avion jusqu'à Paris et faire l'aller-retour uniquement dans le but d'acheter un lit à clous à Ikea - qu'il compte revendre une fois de retour en Inde, abusant une fois de plus de la naïveté des villageois. Mais une fois arrivé à Paris, ses arnaques déguisées en tours de magie lui attirent les foudres d'un chauffeur de taxi, vexé d'avoir lui aussi été berné par les filouteries du fakir et énervé de ne pas avoir été payé. De péripétie en péripétie, notre indien se retrouve successivement dans une armoire, dans un camion en direction de l'Angleterre, en Espagne, en Italie, en Libye... embarqué ainsi dans un voyage initiatique qui changera sa vie à jamais.
Malgré le ton humoristique et cocasse du livre de Romain Puértolas, on y distingue de vrais sujets de fonds et des réflexions sur des sujets d'actualité aussi bien que philosophiques. Expert en arnaques, entourloupeur de première catégorie, le fakir indien va apprendre au cours de ce voyage que le bonheur et l'accomplissement d'une vie ne se trouvent pas dans le fait de s'enrichir au détriment des autres mais se trouvent en rendant les autres heureux. Leçon plutôt banale, naïve à souhait, assez prévisible et plutôt mignonne. Avec ce conte moderne, Romain Puértolas semble ainsi vouloir nous rappeler « les vraies valeurs de la vie ».
Second élément sujet à la critique et à la réflexion : la condition des immigrés clandestins. Ajatashatru rencontre en effet Wiraj, parti avec six autres de ses amis du Soudan pour immigrer au Royaume-Uni. A travers l'expérience du Soudanais, il entend le témoignage d'un homme exilé qui a fuit les conditions économiques et politiques de son pays, rêvant ainsi d'un avenir meilleur pour lui et sa famille. Jolie piqûre de rappel sur les tenants et les aboutissants de l'immigration et du statut des clandestins en Europe, j'ai regretté toutefois que ces réflexions ne soient pas plus abouties. Romain Puértolas se contente en effet ici d'énoncer des lieux communs sur la difficulté de la situation des clandestins. Sans esprit vraiment critique, cherche-t-il à nous donner une leçon « voici ce qu'il faut penser » ou à nous rappeler ce que l'on sait déjà « voilà leurs conditions de vies » ?
« Ajatashatru apprit alors que si Wiraj avait quitté son pays, ce n'était pas pour un motif aussi trivial que celui d'aller acheter un lit dans un célèbre magasin de meubles. Le Soudanais avait laissé les siens pour tenter sa chance dans les "beaux pays" comme il se plaisait à les appeler. Cas sa seule faute avait été de naître du mauvais côté de la Méditerranée, là où la misère et la faim avaient germé un beau jour comme deux maladies jumelles, pourrissant et détruisant tout sur leur passage.
La situation politique du Soudan avait plongé le pays dans un marasme économique qui avait poussé un grand nombre d'hommes, les plus robustes, sur les chemins rocailleux de l'émigration. Mais même les plus forts devenaient, hors de chez eux, des hommes vulnérables, des animaux battus au regard mort, les yeux pleins d'étoiles éteintes. Loin de leur maison, ils redevenaient tous des enfants apeurés que rien ne pouvait consoler si ce n'est le succès de l'entreprise. » p.92-93
Le potentiel de réflexion suscité par le livre est assez faible et rapidement épuisé -soit. Je ne lisais pas le livre de Romain Puértolas dans le but d'exercer mon esprit critique ou d'en sortir plus intelligente. Je n'attends pas forcément d'un livre qu'il ait un niveau intellectuel exceptionnel et qu'il m'explique les plus grands secrets de l'univers. J'ai même tendance à trouver les éléments dénoncés par l'auteur assez rafraîchissants et sans prétention.
En revanche, j'attendais vraiment de cette lecture une bonne dose d'humour et de divertissement. Niveau amusement et attraction, le pari est tenu : les aventures du fakir sont rocambolesques et surréalistes, elles nous baladent d'un bout à l'autre de l'Europe et nous font rencontrer des personnages aussi hauts en couleurs qu'Ajatashatru. Sophie Morceaux, des gitans, un éditeur particulièrement généreux... l'imagination débordante de l'auteur est plutôt amusante et colle particulièrement bien au titre du livre. Sa couverture jaune survitaminée et son titre à rallonge nous font espérer un roman surprenant, ce qui est le cas.
Pour la dose d'humour, je suis un peu mitigée mais je préfère nuancer mon avis en disant que je ne suis pas la meilleure cliente de ces livres-là. Les éléments comiques d'un livre ou d'une pièce de théâtre me font assez rarement rire, je trouve en réalité très dur de susciter le rire avec des éléments littéraires. Par exemple, je n'accroche pas du tout aux pièces de Molière, mais c'est un ressenti personnel. Ici, je n'ai pas trouvé le comique de répétition sur la façon de prononcer Ajatashatru très drôle, le ridicule des gitans ne m'a pas plus fait rire et j'ai trouvé que certaines situations rocambolesques alourdissaient plus le récit qu'elle ne lui donnaient ses notes d'humour.
« Ajatashatru, surpris par l'attaque éclair de ces Gipsy Kings du dimanche, n'avait pu éviter la glacière de plage de sept kilos dans la joue et la morsure d'un croco dans le flanc. De nature maigrichonne, il fut projeté comme une plume par un coup de vent sur le tapis roulant des bagages arrivant de Majorque. Un instant, il resta couché, plus par stratégie (celle de faire le mort) que par douleur (quoique...), entre une poussette et une montagne de boîtes d'ensaïmadas (vous ne savez pas ce que c'est ? Lui non plus.) Mais lorsqu'il ouvrit les yeux, de manière dissimulée, au cas où le gitan n'aurait attendu que cela pour lui asséner un nouveau coup de glacière dans la face, l'Indien réalisa qu'il avait un peu trop fait le mort. » p.133-134
Finalement, les messages du livres de Romain Puértolas sont émouvants et mignons, mais très peu aboutis. Ce livre ne satisfera certainement pas les lecteurs qui attendent d'un livre qu'il suscite, au moins un minimum, de la réflexion. Je regrette que ce livre prenne le lecteur pour un idiot aussi naïf que son héros, lui répétant à tout va des généralités plus banales les unes que les autres. L'Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire ikéa est un livre dont on peut tout à fait se passer selon moi. Sans être mauvais, je l'ai malheureusement trouvé assez insignifiant et très dispensable. Je ne ressors pas de cette lecture émue, amusée ni surprise, j'ai seulement l'impression d'avoir consommé une histoire, et c'est un sentiment assez décevant et désagréable.
Avez-vous vous aussi succombé à L'extraordinaire voyage du fakir ? Est-ce un livre qui vous fait envie ou vous méfiez-vous des livres très médiatisés ?

IKEA. Ou comment un banal et innocent mot de quatre lettres, prononcé à mi-voix dans un taxi à Roissy Charles de Gaulle, peut vite devenir le début d’une rocambolesque et hilarante aventure. De la crise européenne au régime post-Kadhafiste libyen, un voyage inattendu, riche en quiproquos et rebondissements, ballotera, dans une armoire, un arnaqueur professionnel sur le chemin de la rédemption et de l’amour.