L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu (T3) Le mystère de la femme araignée

Par Un_amour_de_bd @un_mour_de_bd

Chronique « L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu (T3) » : A l’ouest, plein de nouveaux !

Scénario de Wilfrid Lupano, dessin de Paul Salomone,

couleurs de Simon Champelovier

Public conseillé : Adulte et Adolescent Style : Polar sur fond de Western Paru aux Editions Delcourt, le 20 mai 2014
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Résumé des épisodes précédents

Avocat d’affaire véreux, Maître Byron Peck vit terrorisé depuis que la famille de Wesley Cole s’est juré de se venger. Calfeutré chez lui, il s’entraîne intensément au maniement des armes. Lorsque Knut Hoggaard, un danois géant et frustre se propose d’assurer sa protection en échange d’un point de vue sur son héritage familial (quelques vieilles lettres). Ayant découvert que ces lettres remettent en cause le deuxième amendement (le droit individuel de posséder des armes à feu), Byron projette de s’en servir pour interdire l’usage des armes dans le pays. Mais Margot de Garine, sa vénale épouse imagine de négocier à prix d’or ces lettres aux fabricants d’armes. Elle séduit Hoggard, le persuade de tuer son mari, avant de lui tirer une balle dans la tête et de s’enfuir avec les précieuses lettres….qu’une bande de bandits lui dérobent.
Rescapés, Byron et Knut la retrouvent et attaquent le repaire des bandits mexicains. Malheureusement, un vieil indien les a devancé et s’est enfui avec tout le butin.
Sauvée inextrémis par l’intervention de Tim Bishop, un bagagiste un peu simplet amoureux d’elle, Margot s’élance à la poursuite de l’indien, tandis que Byron et Knut font de même, droit vers ‘Spider Rock ».

L’Histoire du tome 3

Timmy, complètement paumé et au bord de l’évanouissement, tombe par hasard sur le vieil indien. Avec deux balles dans le corps, l’homme s’est fait surprendre par Margot. Les deux hommes font route ensemble, s’assurant une protection réciproque dans la réserve Navajo.
Pendant ce temps commun, le vieil indien raconte à Timmy sa vie : une jeunesse d’esclave dans une ferme de blancs, son travail en tant qu’indien pour un photographe en mal d’authencité et pour finir sa rencontre inatendue avec les bandits mexicains.
En arrivant au pied du « Spider Rock », une immense aiguille minérale, les hommes tombent sur une poignée d’indiens… Une vielle femme qui ne parle que Navajo, une jeune fille qui ne connait que l’anglais et William, un indien-noir, ex-esclave… Vraiment, ce pays a un problème d’identité.
De son côté, Margot a trouvé refuge dans une communauté de soeurs particulièrement sévères envers leurs « petites protégées indiennes »…

Lupano, quesako ?

Depuis quelque temps, Wilfrid Lupano enchaîne de BDs déjantées, remarquées par le lectorat et récompensées : « Le singe de Hartlepool« , « Azimut » (T2), « Ma révérence« , puis coup sur coup le très sympathique « Vieux fourneaux » qui vient de recevoir le « Prix des libraires BD 2014″, « L’assassin qu’elle mérite » (T3) et enfin ce troisième et avant-dernier épisode de « L’homme qui n’aimait pas les armes à feux ».
Ses scénarii ont quelque chose d’original qui les distingue de la masse.
Dynamitant les genres codifiées et bien rangés (L’historique, Le Road-trip, l’Héroic-fantasy, le casse, le western..) il propose un récit original, souvent inattendu, qui exploite des personnages « hors bocal », un peu dans l’esprit des frères Cohen…

Ce que j’en pense

Après un Tome 1 explosif (« Chili con carnage ») un second tome tout en subtilité et en explications (« Sur la piste de Madison« ), Lupano et Salomone reviennent pour un troisième round (plus calme) de leur Western-polar non-violent et décalé.
« Le mystère de la femme araignée » (Aaarrg, il abuse l’animal sur les titres à rallonge !) ne déroge pas à ses principes. Il donne un gros coup de frein dans l’intrigue principale (le chassé-croisé entre la belle et manipulatrice Margot, son cultivé mari Byron et Knut, le géant danois brut de décoffrage) et prend son temps pour développer les personnages secondaires
Mais qui est le vieil indien qui a volé le trésor de bandits mexicains ? Certainement pas l’icône « traditionnel » des films de Western…
Qui est donc William, cet indien… noir de peau ?
Et Timmy, le bagagiste simplet qui suit benoîtement Margot depuis qu’il a croisé sur un quai de gare, ne serait-il pas si stupide qu’il n’y parait ?
Encore une fois, Wilfrid fait voler en éclat les apparences avec subtilité et délectation.
Ce calme (relatif avant la tempête) lui donne aussi l’occasion d’approfondir la personnalité de la belle Margot. Momentanément hors de danger (elle est recueillie par des soeurs), elle se dévoile un peu…. et se montre moins vénale et sans-coeurs…
Côté dialogues, c’est du « petit lait » ! Alternant le language parlé approximatif des hommes de l’ouest, le langage châtié de Byron et les borborygmes approximatifs (et souvent insultants) de Knut, Lupano me fait mourir de rire !

Le dessin

Salamone est à la hauteur du scénario de Lupano. Son dessin semi-réaliste tire parti des situations déjantées de Wilfrid. Détaillées, élégantes, ses planches sont un plaisir pour les yeux.
Ce troisième épisode lui permet de dessiner l’Ouest sauvage sous toutes les coutures. Immenses paysages, petite hacienda plombée de soleil, habitat indien traditionnel, tous les archétypes du genre y passent avec un vrai talent.
Dans ce décors de rêve, les personnages expressifs, laids ou très sexy (ah, elle vous a tapé dans l’oeil, la « Margot » ?) sont parfaitement intégrés.
Salamone nous livre une composition dynamique, mais toujours parfaitement lisible. Souvent assez classique, son cadrage se permet de temps en temps de grands panoramiques et des plans à la « Sergio Léone »…

Pour résumer

Tranquille comme un air d’harmonica, brillant comme des colts au soleil, distrayant comme l’attaque du train, étonnant comme un indien noir, ce troisième tome de “L”homme qui n’aimait pas les armes à feu” est une réussite. Petit ralentissement avant un final annoncé, “Le mystère de la femme araignée” est un petit bijou de western décalé et jouissif, à déguster sous un sombrero avant le dénouement final…