Le narrateur, G., conseiller politique déchu après que le Chef du gouvernement italien a été renversé (Un double de l’écrivain, donc), est recruté comme responsable des affaires publiques de Panoptik, l’entreprise fondée par Alexander Zimmer, une société de surveillance aux pouvoirs incommensurables ayant des contrats faramineux avec de nombreux gouvernements. Le narrateur quitte Rome pour l’Espagne, Marbella et son clinquant où Panoptik est implantée, point de ralliement d'une « faune fitzgéraldienne, désenchantée, impitoyable ». Là commence « l'ultime partie du fondateur » sur son échiquier planétaire.
Zimmer est directement inspiré de Peter Thiel, créateur de PayPal et de la société de data Palantir Technologies, spécialisée dans les domaines du maintien de l’ordre, du renseignement et la sécurité, idéologie inspirant le gouvernement de Donald Trump. Tout comme Thiel, Zimmer doit beaucoup au philosophe français René Girard et sa théorie du désir mimétique.
Un roman intéressant et donc pas mal mais je n’irai pas plus loin.
Pour résumer à grands traits : nous avons une ville, Marbella, décor mêlant ce qu’on imagine de la Silicone Valley, de Hollywood et sa faune (« Marbella est le paradis des presque-célèbres »), et les restes de l’ancien village de pêcheurs de la Costa Del Sol fréquentée par Jean Cocteau ; en parallèle, le portrait d’un homme plus puissant que n’importe quel chef d’Etat grâce à sa société de surveillance numérique, capable d’anticiper par ses algorithmes, les conflits (Russie/Ukraine), les menaces terroristes (Islamiques), les pandémies (Covid), les réseaux pédocriminels et d’y répondre immédiatement, froidement, sans considérations ou hésitations dues à l’empathie des humains.
Zimmer est un homme cynique et lucide (?), cultivé, par ses études et ses premiers pas dans diverses activités, et par ses lectures, car c’est un homme qui lit ce qui est atypique dans son milieu (« Ce qu’il cherchait dans ces pages n’était pas ce que j’aurais voulu qu’il y découvre : là où j’espérais la mesure, lui traquait la force. ») avec des convictions guidant ses actes (« Le problème c’est que, tout convaincu qu’il soit de son génie, l’intellectuel a une faiblesse structurelle : il ne produit rien. Ou plutôt, rien de tangible. »). Mais aussi riche et tout puissant qu’il soit, armé des I.A. les plus performantes, Zimmer devra faire avec son seul point faible, la solitude.
Le roman est très bien écrit, la plume est cultivée et élégante, le récit combine la réalité et une dystopie du présent, l’opposition entre le narrateur, homme du passé et de la démocratie et Zimmer, homme du futur persuadé que la démocratie n’a plus d’avenir, la prise de pouvoir par l'élite numérique des mains des gouvernants vers ceux qui possèdent les données, la surveillance de masse.
Néanmoins, je reste un peu sur ma faim, à la décharge de l’auteur, j’étais parti sur un a priori d’intrigue erroné, ceci explique peut-être cela.