Vampire : simon anders et les dossiers secrets de hellboy au menu

Par Universcomics @Josemaniette

 Dans Les dossiers secrets de Hellboy : Vampire, Simon Anders n’en a pas fini avec les deux sœurs vampires qui ont failli le tuer en 1948. Elles lui ont laissé un souvenir plutôt encombrant : leurs esprits sont désormais enfermés dans son corps et, depuis, l’agent du Bureau de recherche et de défense sur le paranormal n’est plus vraiment lui-même. Sa colère lui échappe, ses nerfs lâchent et la folie murmure à son oreille. Anders finit par demander au professeur Bruttenholm de quitter le B.P.R.D. Il a une idée en tête : retrouver les responsables de son état et leur faire payer. Pour cela, il va devoir remonter la piste des vampires, exhumer de vieilles histoires (le dada de Mignola) et s’aventurer en Europe de l’Est, là où les sorcières et les créatures anciennes n’ont pas tout à fait disparu des mémoires. Il vaut mieux avoir lu B.P.R.D. : 1947 et 1948 pour profiter pleinement de cette histoire, qui en constitue une sorte de suite directe. Mike Mignola poursuit le parcours d’Anders sans chercher à reprendre toute l’affaire depuis le début. Notre homme enquête, suit des pistes, rencontre des personnages dont il ne sait pas toujours s’il peut leur faire confiance et se rapproche peu à peu de ceux qu’il recherche. Son objectif est clair, mais la situation se complique à mesure qu’il découvre ce qui se cache derrière les légendes. Les vampires de cet univers ont une histoire bien à eux, et les événements de 1948 ont laissé des traces qui ne se sont pas effacées avec le temps. Anders finira par trouver ce qu’il est venu chercher… reste à savoir si la vérité lui apportera la délivrance qu’il espère ou si elle l’enfoncera un peu plus dans ses tourments.

C’est une histoire de vengeance, bien sûr, mais pas seulement. Vampire prend des allures de polar gothique, avec un Simon Anders qui arpente les paysages gris de l’ancien bloc communiste roumain comme un détective lancé sur une affaire qui le dépasse. On est loin des enquêtes urbaines habituelles : ici, les vieilles demeures ont connu des jours meilleurs, les villages semblent garder de sinistres secrets depuis des siècles et les rencontres tournent rarement à la visite de courtoisie. Une maison délabrée, quelques portraits accrochés aux murs, une silhouette qui se détache dans la pénombre : il n’en faut parfois pas davantage pour plonger le lecteur dans un état de malaise inexplicable. Gabriel Ba et Fabio Moon sont évidemment pour beaucoup dans cette réussite. Les deux frères jumeaux retrouvent Anders après 1947, et ils semblent parfaitement à leur place dans cet univers où la beauté et la laideur se côtoient sans jamais vraiment se réconcilier. Leur dessin a quelque chose de singulier, à la fois élégant et inquiétant. Les décors sont riches, les ombres profondes, les visages souvent difficiles à déchiffrer. Même les personnages qui ne sont pas franchement monstrueux ont quelque chose de dérangeant. Chez eux, le mal n’a pas toujours besoin de crocs ou de griffes pour se manifester. Il suffit parfois d’un regard, d’une expression un peu trop figée ou d’une silhouette perdue dans un décor qui semble l’avoir avalée. Les deux artistes ont pourtant des styles différents. Gabriel Ba possède un trait plus affirmé, tandis que Fabio Moon privilégie une ligne plus souple, plus fluide. Mais leur association fonctionne si bien que l’on finit par ne plus chercher à distinguer qui fait quoi. Le découpage est maîtrisé, les scènes s’enchaînent avec naturel et le dessin sait se faire brutal quand l’histoire bascule dans l’horreur. Car les vampires de Vampire ne ressemblent pas tout à fait aux créatures auxquelles le genre nous a habitués. Ils peuvent être insaisissables, presque immatériels, et leur présence devient d’autant plus inquiétante qu’elle échappe aux représentations classiques. Dave Stewart mérite lui aussi sa part de compliments. Ses couleurs prolongent le travail des dessinateurs et donnent à l’album une identité immédiatement reconnaissable. On parle de l'un des meilleurs au monde à son poste, hein ! Le récit n’est cependant pas irréprochable. L’enquête se complique à force de retours sur le passé, de généalogies et de révélations sur les origines des vampires. Surtout, la colère d’Anders est théoriquement au cœur de l’histoire, mais on est davantage impressionné par ce qu’il traverse que véritablement bouleversé par son sort. N'empêche, c'est beau, c'est bien dans la lignée de l'univers Mignolesque, ça fera le job.


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