Zatanna bring down the house : zatanna casse la baraque

Par Universcomics @Josemaniette

Zatanna est de retour sur le Black Label, avec un album assez insolite. La magicienne de DC a beau avoir grandi dans un univers où les tours de passe-passe sont parfois bien plus que de simples illusions, elle préfère ici s'en tenir aux apparences. À Las Vegas, elle monte sur scène, fait son numéro (très basique) et rentre chez elle. Pas question de jouer les grandes sorcières ni de réveiller des forces qu'on ferait mieux de laisser tranquilles. Sauf que les choses ne vont évidemment pas se passer comme prévu. En fait, Zatanna n'a aucune envie de renouer avec la magie qui fut autrefois sienne. On comprend assez vite que ce refus cache quelque chose, même si le récit prend son temps avant de nous en dévoiler les raisons. Autour d'elle, tout un petit monde s'emploie à la faire changer d'avis. Il y a d'abord une étrange spectatrice (l'Etrangère) qui assiste à son spectacle à de multiples reprises, personnage mystérieux qui souffle le chaud et le froid, sans qu'on sache vraiment de quel côté elle se trouve. Elle se montre parfois hostile, mais jamais franchement malveillante, et finit par se rapprocher de Zatanna pour affronter une menace démoniaque d'envergure. Puis une sorte de femme/lapine qui est un sacré numéro : elle est là pour faire comprendre à Zatanna qu'elle ne pourra pas éternellement tourner le dos à ses pouvoirs, et que son histoire avec la magie est indissociable de celle de son père, Zatara. Pour lui faire passer le message, elle n'hésite pas à semer un joyeux bordel à coups de lapins. Oui, des lapins. L'idée pourrait sembler un peu idiote sur le papier, mais elle donne lieu à quelques séquences visuellement sympatoches. C'est d'ailleurs l'une des grandes qualités de l'album : même quand les choses deviennent sérieuses, il reste une place pour l'étrangeté et le plaisir de la découverte. Et puis il y a John Constantine. Évidemment. Dès qu'il est question de magie chez DC, le bougre à la clope au bec n'est jamais très loin. Toujours aussi roublard, arrogant et prompt à tirer les ficelles, il vient mettre son grain de sel dans les affaires de Zatanna. On sent pourtant qu'il ne la considère pas tout à fait comme les autres. Il tient à elle, à sa manière, ce qui ne l'empêche nullement de se comporter comme un parfait salaud quand ça l'arrange. Du Constantine tout craché, en somme.

Bon, le vrai sujet de cet album, c'est peut-être Zatara, le paternel. Et là, Mariko Tamaki ne fait pas dans la dentelle. Dans l'histoire classique de DC, Zatara est un grand magicien, mais aussi un père qui a transmis son savoir à sa fille. La quête de Zatanna pour le retrouver fait même partie de ses premières aventures dans les comics. Autant dire que le personnage occupe une place particulière dans son histoire. Ici, les choses prennent une tournure autrement moins réjouissante. Zatara n'est pas simplement mort en essayant de protéger sa fille : il est à l'origine de son traumatisme. Obsédé par la puissance et désireux d'aller toujours plus loin, il se sert de Zatanna et ça ne sera pas sans conséquences. Cette vision est radicale, et elle ne plaira certainement pas à tout le monde. Pour ma part, je trouve l'idée intéressante, même si elle bouscule sérieusement l'image que l'on pouvait avoir de leur relation. Zatanna ne rejette plus la magie par simple peur de perdre le contrôle ou parce qu'elle aurait décidé de mener une vie plus tranquille. Elle la fuit parce qu'elle lui rappelle ce que son père lui a fait subir. C'est une différence de taille, qui donne un peu plus de profondeur à son personnage et permet de comprendre pourquoi elle se montre aussi réticente à l'idée de retrouver ses pouvoirs. C'est aussi le principe du Black Label : prendre des personnages connus et les emmener ailleurs, quitte à bousculer quelques habitudes et froisser les puristes de la chronologie. Pour finir, parlons des dessins de Javier Rodriguez. Là, franchement, difficile de faire la fine bouche. Le dessinateur s'amuse comme un petit fou et nous avec lui. Las Vegas et ses lumières tapageuses, les créatures étranges, les décors gigantesques du Palais des ensorceleurs : tout est prétexte à des compositions qui en mettent plein les yeux. Rodriguez possède ce talent assez rare de rendre une scène spectaculaire sans la rendre illisible. On sait toujours où regarder, même lorsque la page semble prête à exploser de partout. Du coup, on passe un moment franchement agréable avec Zatanna et ses aventures rocambolesques, entre tragique familial et folie à la Lewis Caroll. 


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