Kerhoded

Par Mana_


Dans la forêt qui entoure les murs de Kerhoded, des ombres se sont mises en mouvement. Réva, bras armé et fille adoptive de la famille régnante Bélégan, a le devoir de rassurer la cité. Pourtant, plongée dans les bois et le passé qui entourent Kerhoded, une question s'impose : peut-on s'opposer à la nature ?

Pourquoi ce livre ? Je suis obligée de reconnaître que c’est avant tout pour la couverture que j’ai cédé à l’impulsion de l’achat lors du festival Ouest Hurlant. Cependant je savais à peu près dans quoi je mettais les pieds avec cet éditeur peu commun puisque j’avais déjà lu Face au dragon d’Isabelle Bauthian et Rocaille de Pauline Sidre.
Il m’aura tout de même fallu quelques années pour sortir Kerhoded des étagères. Probablement parce que c’est un achat impulsif, aussi parce que je redoutais un petit peu cette lecture, sans savoir pourquoi. Ce qui est étrange, c’est que j’ai moyennement apprécié ma découverte, là encore sans savoir pourquoi. J'écris cette chronique plusieurs jours après l’avoir fini et j’ai repoussé encore et encore la mise en forme de mes arguments… parce que ces derniers ont bien du mal à se montrer !
Le début me paraît difficile, en guise d’accroche. Sans aucun préambule, l’autrice nous plonge dans une ambiance à la fois aseptisée de toute émotion et politisée. On découvre le personnage qu’on sera amené à suivre, Réva, dans son enfance. Pas une enfance facile, malgré son adoption au sein d’une famille réputée, ni une éducation aisée, puisque l’adoption semble avoir été réalisée dans un but précis. Bref, on sent les magouilles sans toutefois détenir les clefs de l’univers ou de la politique. Ce malaise de ne pas savoir dans quoi j’ai mis les pieds a perduré la première moitié du roman. De ce fait, je n’ai pas su m’attacher aux différents personnages, féminins comme masculins, nobles comme simples gens. Je lisais sans grande curiosité, au point de faire traîner la lecture de cette partie (environ deux cents pages) sur plus d’une semaine. Moi qui rêvais de retrouver un rythme de lecture plus cadencé, c'était ballot ! Heureusement les choses évoluent dans la seconde moitié. Après une première accroche dans un village, les évènements s'enchaînent et intensifient le rythme grâce aux nouveaux personnages. Difficile de déceler le vrai du faux, encore plus de savoir qui est digne de confiance. Par la même, la figure de la Forêt prend de l'ampleur et j'avais envie d'en savoir plus sur les mystères qu'elle renferme et sur sa véritable nature.
Au-delà des personnages, l’intrigue ne m’a jamais emballée plus que ça. Le potentiel était présent mais j’ai le sentiment que Hélène Nera n’est pas allée au bout des choses et a effleuré son sujet sans l’approfondir. Ainsi, le propos global m’échappe, quand le reste me convainc moyennement.
Malheureusement, le style sobre ne participe en rien à donner une âme au récit et de l’émotion aux personnages. C’est comme si l'ensemble était vu assez cliniquement, ce qui ne colle pas avec la foi de Reva, qui devrait la conduire plus ouvertement sur le choix de la passion. Celle-ci apparaît certes dans les dernières pages, trop tard selon moi pour rattraper ce qui précède.

Ce n’est pas une mauvaise lecture, loin de là, car en dépit d’un début difficile je suis parvenue à la fin sans lutter. Toutefois je reproche pas mal de choses à ce roman, comme une ambiance trop clinique ou des personnages peu attachants, ainsi qu’une intrigue qui peine à trouver son rythme. C’est prometteur mais je ressors forcément déçue.
11/20
Kerhoded de Helene Néra, Sillex, 458 p. Couverture par Cindy Canevet