Cécile Blain, proche de la soixantaine, divorcée depuis un an, se retrouve à un tournant de son existence après des années d’une vie qui lui semble monotone avec le recul. Elle prend une année sabbatique, quitte son appartement parisien, sa voiture chargée des vingt-deux cartons de livres de sa bibliothèque, direction le Massif Central, une maison familiale dans un bled perdu. Bien vite le but du voyage n’est plus une priorité et le roman devient une sorte de road-trip sur les petites routes de province, passant de village en village, déposant ses livres dans les boîtes à livres…
Un très bon roman où la littérature est au premier plan.
Les voyages se sont des rencontres, des gens inattendus, drôles ou pas, dans les cafés ou les petits hôtels de la France profonde encore ouverts car nous sommes hors saison touristique. Voyage physique mais aussi/surtout intérieur pour Cécile, qui se souvient de sa jeunesse, de ses premières amours, de sa vie avec Eric, lui éditeur, elle dans la communication, de toutes ces époques des souvenirs de livres qui l’ont marquée et qu’aujourd’hui elle sème à droite et à gauche sur son chemin (« Il s’agissait d’une liquidation totale et définitive du passé »).
Les références littéraires sont donc nombreuses, des livres que j’ai lus, d’autres que je ne lirai jamais à priori, et quelques- uns dont je note les titres pour plus tard (?). Montal connait son affaire, les commentaires de Cécile ou de son époux sur ces ouvrages sont intéressants, ce que les livres nous offrent, d’où nous vient l’idée de lire tel ou tel, tout ceci m’a parlé directement, j’étais comme un poisson dans l’eau. Et qui dit livres, dit sens de la vie.
Le roman nous interroge sur la possibilité de recommencer sa vie, et le rôle que la littérature tient dans nos vies, peut-elle nous aider à vivre ou simplement nous donner envie de tourner la page ?
J’ai beaucoup aimé, bercé par la douce écriture de l’écrivain (en dépit de son utilisation exagérée du mot « même »)
« Nous avions découvert la culture par nous-mêmes, dans le plus grand désordre, en multipliant les hasards plus ou moins volontaires, une lecture nous menant vers une autre. Ce plaisir de sauter de roman en roman, de disque en disque, sans ligne directrice, ne connait pas vraiment d’équivalent. Eric prétendait que nous privions nos propres enfants de cette joie, qu’avec nous ils avaient un accès trop facile à la littérature et qu’ils devraient trouver ailleurs, dans d’autres domaines, la même source d’excitation. Pour cette raison, je crois, nous ne les avons jamais vraiment poussés à lire. »