Littérature et Intelligence Artificielle

Par Lebouquineur @LBouquineur

A l’heure où l'écrivain Thélyson Orélien est au cœur d’une polémique lui reprochant d’avoir écrit son roman C’était ça ou mourir (Grasset) avec une Intelligence Artificielle, laissons de côté ce cas précis et tentons d’élargir le débat qui risque de faire grincer des dents en restant factuel et objectif.

Le débat public a tendance à partir dans de multiples directions qui rendent la compréhension de la situation floue et erronée sur certains points, à mon avis. La critique avance deux arguments principaux, l’arnaque et la mort des écrivains, l’Art dénaturé etc. Un point clair et net, l’arnaque, et un angle plus flou, tous ces grands mots avec des majuscules Art, Ecriture…

Aujourd’hui nous sommes capables d’écrire un roman avec une I.A. C’est une possibilité technique avérée qu’il n’est plus possible de contrer. Ce qui doit être condamné, ce sont les arnaques, les tromperies sur la marchandise ! Nous serons tous d’accord sur ce point. Si un écrivain ou un éditeur nous vend un bouquin soi-disant écrit par tel ou tel humain alors que c’est l’I.A. qui a fait le boulot en totalité ou en grande partie, c’est une escroquerie. Tout comme les contrefaçons en maroquinerie ou les produits bios qui ne le seraient pas. La justice doit frapper.

Par contre, si des livres sont vendus avec une mention bien visible sur la jaquette, « écrit par une I.A. ». Avec demain en librairie, une section I.A. aux côtés de celles Polars, SF etc. Pourquoi pas ?

Moi aussi ça me choque dans un premier temps. Un livre ne devrait être écrit que par un humain, à la sueur de son front, devant son écran ou une feuille de papier, cette vision romantique de la Littérature en prend déjà un coup quand on sait qu’il existe des logiciels facilitant grandement l’élaboration d’un texte et si on met son nez dans tout ce qu’il y a autour : le marketing, les éditeurs imposant leurs contraintes, la politique commerciale et les combines des prix littéraires, le copinage des critiques… La littérature est à la base un artisanat qui n’existe que parce que c’est devenu un business.

Pour moi, un roman c’est une histoire, un style et une idée ou un message en ligne rouge. J’ai lu de bons romans qui n’avaient qu’un de ces critères à proposer, j’en ai lu d’autres qui avaient les trois critères mais qui m’ont moins intéressé bien que j’en reconnaisse la qualité. Dans le premier cas j’avais passé un bon moment de lecture, dans le second je m’étais un peu ennuyé. Je ne suis qu’un simple lecteur, mon but premier c’est de passer un bon moment.

Si j’apprécie particulièrement le style et l’écriture quand je lis un livre, je sais aussi pour l’avoir constaté dans des pastiches, que tout aussi excellent que soit le style d’un auteur il peut être imité à la perfection par un autre.

Par ailleurs, est-ce que livres et littérature vont systématiquement ensemble ? Les romans dits de Feel Good, par exemple, sont-ils de la littérature dans le sens noble où nous l’entendons ?