Les Avrils – 2026
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« Tant que je serai en vie, que mon sang coulera dans les tempes, que la langue ne sera pas coupée en morceaux comme un bovin sur une table en métal, tant que les morceaux de cette langue ne seront pas jetés dans un bain d’acide, je parlerai, j’écrirai, je garderai mon pouvoir. »
Sacha vit dans l’hinterland avec Sohan, son frère, Elsa, sa mère et une meute de chiens. Sa mère recueille tous les mal-aimés, les battus, les abandonnés. Le ciel et la forêt aux alentours s’enflamment souvent, les usines carburent. Sacha est embauchée dans usine de la zone, elle travaille le cuir, elle coupe, colle, teint, contrôle, étiquette. Dans son carnet, elle consigne ses données chaque jour, scrupuleusement. Un jour, elle y prend des libertés.
« En réalité, s’il y a bien une chose que les images ne peuvent me ramener, c’est ce temps, ce temps qui passe; que je ne suis pas en mesure de faire revenir, que je ne peux plus vivre au coeur, ce temps perdu à tout jamais. Les astres brûlent et meurent. »
L’écriture d’Anna Haillot est aiguisée & traversée d’éclats poétiques. Elle dit la violence, celle du corps qui s’entrechoque, du corps qui subit, du corps qui n’attend que la révolte. De ce texte incroyable sourd la puissance de la langue qui convoque le cosmos, invoque les éléments. Une bête à ton tour est un roman sur le monde carnassier de l’usine où les corps et les esprits s’épuisent, s’éreintent et entrent en combustion. Un monde où l’écriture devient le seul échapatoire, le seul moyen de ne pas se foutre en l’air. J’ai été bouleversée par la beauté fulgurante de ce texte où humanité et animalité s’entremêlent à travers une quête de sens au coeur d’un monde qui broie les êtres.
« Le sens
C’est la direction opposée
Au vide »