Le Punisher, on le connaît bien. Frank Castle, son arsenal, sa croisade contre les criminels et cette furieuse tendance à régler les problèmes de manière définitive. À force, le personnage peut vite tourner en rond. Il suffit de lui donner quelques méchants, beaucoup de munitions et de le laisser faire un carton. Alors, forcément, quand Jimmy Palmiotti décide de lui faire subir quelque chose d’un peu plus compliqué, ça éveille notre intéret. Ici, Castle traque Armando Molero, un gros trafiquant qui a mis au point une nouvelle drogue ultrapuissante. Le produit est particulièrement efficace : il supprime toute volonté chez celui qui le prend et en fait un parfait esclave. Après avoir été capturé et torturé pendant des mois, Castle finit lui-même transformé en une sorte de zombie, une véritable masse de muscles qui obéit au doigt et à l’œil à son nouveau maître. Pendant longtemps, Molero va donc utiliser le Punisher comme homme de main, l’envoyant massacrer ses ennemis et leurs familles. Femmes, enfants, peu importe. Frank exécute. C’est Everett K. Ross, infiltré dans l’organisation de Molero, qui va finalement permettre à Castle de sortir de cette situation. Commence alors un long retour à la réalité. Et c’est là que l’histoire devient vraiment intéressante : lorsque Frank retrouve ses souvenirs, il découvre aussi ce qu’il a fait pendant tout ce temps où il n'a été qu'un jouet. Castle comprend qu’il a tué des femmes et des enfants, encore et encore, sans même en avoir conscience. Et pour une fois, le Punisher ne peut pas simplement avancer, arme au poing, vers la prochaine cible. Il doit encaisser ce qu’il a fait.
Toute cette débauche de violence permet à Palmiotti de sortir Frank Castle de son rôle habituel. Parce que le problème du Punisher, c’est qu’il est souvent réduit à une seule idée : sa famille a été assassinée, donc il tue les criminels. Encore et encore. Pour une histoire courte, cela fonctionne très bien. Sur la durée, c’est nettement plus compliqué. Il faut bien lui trouver autre chose, d'autres motifs pour trucider au kilomètre. Ici, cette autre chose, c’est la culpabilité. Et elle change pas mal de choses. Castle reste Castle, avec sa violence et ses méthodes expéditives, mais il redevient surtout un homme marqué par ce qu’il a fait. C’est beaucoup plus intéressant que le sempiternel tueur implacable qui traverse les pages en vidant ses cartouchières. Le dessin de Panosian accompagne parfaitement cette approche. Son Frank Castle est énorme, presque disproportionné, et l’ensemble possède un aspect crasseux et légèrement grotesque très à-propos. Les visages sont exagérés, les corps aussi, et cette esthétique un peu bancale colle finalement très bien à l’histoire. Le Punisher n’est pas ici dans un monde parfaitement réaliste : tout semble légèrement décalé, sans jamais devenir franchement débile. La mise en couleurs va dans le même sens, avec une approche rétro qui rappelle certains comics des années 1980 et 1990. Même chose pour le lettrage, qui privilégie un aspect plus artisanal. Tout cela renforce cette impression de retrouver quelque chose de l’ancienne étiquette Marvel Knights, qui nous file un sacré shot de nostalgie. Si on veut absolument faire la fine bouche, disons quand même que certains personnages secondaires sont rapidement expédiés. Les mafieux, les agents gouvernementaux plus ou moins corrompus, les hommes de main prêts à mourir pour leur patron : c'est pas du nouveau, hein. Le scénario avance d’ailleurs tellement vite qu’on n’a pas toujours le temps de s’attacher à ses protagonistes ou de mesurer certains rebondissements. Mais si on veut de la vengeance, de la vraie, sans censure et sans retenue, il y a de quoi faire, à boire et à manger, dans ce monde à venir, qui fait froid dans le dos.
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