Vous allez probablement ressentir un certain trouble, lors de cette première visite sur Ezechiel. Rien ne semble vraiment anormal, et c’est justement le problème. Un village, des champs, des récoltes, des croyances solidement ancrées et, autour de tout ça, une forêt dont on comprend assez vite qu’il vaut mieux ne pas trop s'y balader. Le ciel est rouge, les habitants vivent comme leurs ancêtres et la technologie appartient à un passé dont presque tout le monde a perdu le souvenir. La petite maison dans la prairie, sur fond de lourds mauvais présages. C’est dans ce décor que Rodolphe retrouve Ramon Marcos, son dessinateur de Chez Adolf, pour une nouvelle histoire de science-fiction qui prend délibérément le contrepied du grand spectacle spatial. Pas besoin ici de sauver la galaxie ou de philosophes en combinaison argentée : l’essentiel se joue à l’échelle d’une petite communauté humaine, isolée depuis si longtemps qu’elle a fini par oublier jusqu’à l’existence de la Terre. Les personnages sont simples, directs, rapides à appréhender. Un couple de jeunes amoureux permet de donner le ton au récit, mais on trouve aussi le pasteur local, rigide et fou de dieu, ainsi que ses deux enfants, dont l'un décide que l'heure est venue de se rebeller, au risque de provoquer un drame familial. Et puis dans la forêt déjà évoquée, des créatures fort étranges, sauvages, qui tiennent autant de l'ours que de l'être humain. Doucement, mais sûrement, la tranquillité commence à prendre une autre allure. C’est à la fois la qualité et la limite de ce premier volume. L’auteur sait parfaitement installer un décor, donner une existence crédible à ses personnages et faire planer une menace sans la montrer trop vite. Mais il prend vraiment son temps et il ne faut pas demander à Ezechiel de démarrer en trombe, sur une roue.
On aurait donc aimé quelques secousses supplémentaires, quelques fausses pistes ou un événement suffisamment inattendu pour nous prendre franchement à revers. Cette société refermée sur elle-même, ses croyances, son ignorance du monde extérieur et cette forêt qui semble conserver de lourds secrets offrent un terrain de jeu particulièrement intéressant. Les dernières pages, par contre, abattent enfin leur jeu, et on se retrouve propulsé dans une aventure plus complexe, plus propice à la science-fiction, qui possède de jolies promesses. Ramon Marcos accompagne le tout avec un dessin clair et sans fioritures. Son trait privilégie la lisibilité et la narration plutôt que la démonstration fantasmagorique, avec des décors suffisamment précis pour donner corps à Ezechiel (la planète) sans transformer chaque case en carte postale extraterrestre. L’efficacité prime. En retenue, sans aucune pression ou envie d'en remontrer à la Terre entière, cette nouvelle série choisit le calme et l'ambiance plutôt que les feux d'artifice. On a bien aimé, finalement, et on sera là pour la suite de l'aventure, chez Delcourt, à déguster tranquille dans un transat, l'apéritif à la main.
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