Une bête à ton tour

Par Henri-Charles Dahlem @hcdahlem

Screenshot

" data-attachment-id="32634" height="379" width="648" data-comments-opened="1" aperture="aperture" />

En deux mots

Sacha vit dans l’hinterland. Entre mer et montagne, une meute de chiens, une mère, un frère. En aval : l’usine. Sacha y devient un rouage. Elle résiste avec des mots.

Ma note

★★★(bien aimé)

Ma chronique

Le cri d’une génération

Anna Haillot signe un premier roman qui frappe fort. Photographe et poétesse, l’autrice y invente une langue rare, entre poème et récit brut pour dire la violence économique et l’éco-anxiété. On en ressort secoué.

La narratrice de ce premier roman très original vit dans l’arrière-pays, dans une zone d’usines, en compagnie de sa mère Elsa, de son frère Sohan et d’une meute de chiens. Ces animaux sont vite devenus essentiels pour Elsa qui prend soin d’eux, n’hésite pas à faire des kilomètres pour prendre en charge une bête maltraitée, quitte à augmenter de façon déraisonnable la meute qu’ils hébergent déjà : « Avec les chiens, nous partageons l’espace. Ils se mettent à aboyer en chœur lorsqu’un bruit est perçu comme une menace. Nous aboyons aussi, nous nous mêlons à eux, dormons dans leurs cages, ressentons leur inquiétude. Nous devenons des chiens, des chiennes, nous faisons partie de la meute. »

Il faut dire que la vie dans la zone n’a rien d’une sinécure.

Autour de la maison, tout s’embrase, tout gronde. La forêt brûle, le lac artificiel s’assèche, l’usine pétrochimique bat comme un cœur malade. Elsa travaille de nuit dans une raffinerie. Sohan porte des cartons de médicaments avant l’aube. La zone happe les corps, use les vies, impose son odeur d’essence jusque dans les draps.

Dans ce décor lugubre, la narratrice est contrainte très tôt d’accepter les petits boulots qui vont lui permettre de subvenir à ses besoins. Mais au lieu de gagner sa liberté, elle entre dans une spirale qui mène à l’aliénation. Le jour où elle est engagée dans l’unité de production d’une maroquinerie, elle n’est plus qu’une variable d’ajustement. Comme ses collègues, elle est sous le joug de la direction. « L’autorité est abrasive, elle nous ponce progressivement. Elle prend un peu de chair, puis encore un peu, puis encore un peu. À la fin, on ne se rend même plus compte, mais il nous manque la surface de tout. »

Face à cette usure, un refuge : le carnet. Il ne quitte jamais la narratrice. Elle y note d’abord les cadences, les chiffres, les gestes répétés. Puis autre chose s’y glisse. Les mots deviennent une échappée, une résistance silencieuse au broyage quotidien :

« Je veux les mots. Les mots pour dire, les mots pour voir. Les mots pour aimer, lutter, baver. Les mots souterrains et les mots secrets. Les mots denses et ronds comme des boules de feu. Les mots. »

Les phrases courtes claquent, les mots qui touchent, voilà le style d’Anna Haillot . Des passages en vers libres viennent respirer entre les pages de prose, comme des trouées de ciel dans une usine sans fenêtres. La violence industrielle se mêle à des images cosmiques, presque mythologiques comme celles qui ouvrent le roman, convoquant la naissance de l’univers, le chaos primordial, avant de redescendre brutalement sur terre, dans une chambre, devant un ciel chargé de sable du désert. Ce grand écart entre l’infiniment grand et l’infiniment quotidien, entre poésie et misère sociale, résonne comme un cri de colère. Brut, saccadé, incandescent. Il n’est pas sans rappeler Joseph Ponthus. Tant dans la forme que dans le fond, on retrouve ici des fulgurances comme on en trouvait dans À la ligne. Souhaitons le même destin à ce roman.

Anna Haillot est aussi photographe. C’est dans doute la raison pour laquelle, on ressent à la lire une attention presque physique à la lumière, aux textures, aux corps abîmés. Ceux des humains comme des animaux. Une bête à ton tour est de ces romans rares qui vous prennent à la gorge. On y voit le travail qui broie et les bêtes qui sauvent. On y entend les mots qui libèrent.

Une bête à ton tour

Anna Haillot

Éditions Les Avrils 

Premier roman

230 p., 21 €

EAN 9782383110538

Paru le 20/08/2026

Où ?

Le roman est situé dans un endroit imaginaire, l’hinterland.

Quand ?

L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

Sacha vit dans l’hinterland avec son frère, sa mère et une meute de chiens. En amont de la maison, une forêt traversée d’incendies, de chasseurs, de bêtes. En aval, la zone industrielle et l’usine de la maroquinerie dans laquelle elle vient d’être embauchée. De 7 à 17 heures, Sacha coupe, colle, teint, contrôle, étiquette, et note, dans un carnet, les données essentielles à la production. Mais bientôt, elle y inscrit d’autres choses. L’écriture réorganise sa compréhension du monde. Du chaos naît un ordre nouveau.

Les critiques

Babelio

Les premières pages du livre

« la naissance 

Au début, pas de temps ni d’espace. 

Le vide, la densité, le noir. 

Impossible à percevoir. 

Fermer ses paupières. 

Se concentrer. 

Chercher à voir. 

Il n’y a rien. 

Tout est sombre. 

Sursauter. 

La chaleur monte. 

Par la force, le chaos vient. 

L’espace se déploie. 

Il devient opaque, blindé de particules. 

C’est l’instant du chaos primordial. 

L’univers crie. 

Il s’ouvre. 

Aujourd’hui je ne travaille pas 

je peux dormir autant que je veux 

rêver d’étoiles et de désastres 

jusqu’à ce que la nuit tombe 

regarder la zone industrielle de loin 

et l’imaginer partir en poussière 

je me couche 

dans des draps sales 

mon odeur se mélange 

à celle des bêtes et de l’acier 

Je crois somnoler dans le feu. Le bleu du ciel ne 

traverse pas mes rideaux. Le monde me semble plutôt orange, martien. En même temps que le cri des corneilles, j’entends un bruit sourd. Je me lève et je tire les rideaux. Le paysage est étrange, comme blessé, persécuté toute la nuit par une bête atmosphérique. Je suis seule à la maison. Personne n’est là pour voir ce ciel fauve avec 

moi. Les branches des arbres ont l’air d’être calcinées. Je prends mon téléphone et vérifie la météo. 

Un ciel chargé de sable du désert. 

Le désert est venu jusqu’à nous par le vent. Il s’immisce dans mes cheveux, s’introduit sous mes ongles, passe par les pores de ma peau, entrave mes voies respiratoires. La forêt et la zone disparaissent derrière une brume 

opaque. Le désert unifie le monde, le rend insondable, le déséquilibre. 

Les corneilles 

traversent le ciel 

comme des ombres 

dans ce paysage nébuleux 

elles continuent de criailler 

je veux criailler avec elles 

leur dire mon bouleversement 

mais je reste là 

je me tais 

Je vis dans l’hinterland, l’arrière-pays. La fenêtre de ma chambre s’ouvre sur ce vaste territoire. Si je plisse les yeux, je vois d’abord la mer, lointaine, au-delà de la zone. Avant elle, espaces industriels et naturels se confondent. J’entends le souffle de la flamme pendant le vapocraquage et le battement d’ailes du geai. Je sens le mazout, le ciste et les immortelles. Le vent mélange les odeurs. Celle du pétrole écrase toutes les autres. Je vis dans une maison dépassée par des montagnes de calcaire et de dolomie, 

avec ma mère Elsa 

mon frère Sohan 

une meute de chiens 

Notre maison est entourée d’une forêt peuplée de cèdres de l’Atlas, d’oliviers, d’ostryas et de pins maritimes. Elle ne cesse d’être traversée par des troupeaux de sangliers, de loups, de chevreuils et d’incendies. Le feu est intense, débordant d’amour pour les vallées, il veut tout agripper quand il surgit. Il s’acharne quand le soleil est grand. Des landes noires se dessinent alors. La forêt devient partielle et sombre, elle cherche à revenir des années après. L’odeur de cendre diminue et les arbres se répandent à nouveau. Même si elle n’a plus de force, elle 

tente, elle tente, en vain. Elle s’amasse sous la terre et les souches décharnées se bousculent. Au pied de la forêt, un lac artificiel, bleu saturé, s’assèche parfois. La nappe des montagnes ne lui donne plus d’eau et il se boit en entier. L’argile au fond de lui se craquèle. Des pétales de genêt et de millepertuis restent coincés dans ses fissures. Des bousiers iridescents se déplacent en silence et transportent avec eux des petits grains de terre sans s’inquiéter du retour de l’eau, du possible chaos qu’elle représente. En ce moment, la nappe est ouverte, elle verse la pluie accumulée dans les rigoles du lac. L’humidité ramène des libellules, des demoiselles, matinales et dispersées, qui volètent à travers les feuilles des oliviers. D’autres frôlent l’eau fluorescente et déclenchent une multitude de cercles concentriques. Un mouvement amené à se dissiper. Tout ce que je vois est amené à disparaître. Chaque fois que mes yeux se ferment, un cercle apparaît et se dissipe. 

Après le lac artificiel, il y a la zone, parallèle à un long fleuve qui descend jusqu’à la mer. 

La zone. La zone est lourde. La zone est brutale. À longueur de temps, elle féconde des nécessités humaines. La zone est fendue en deux par une ligne droite. Les allées ne portent pas de noms, seulement des numéros. 

Des cheminées s’érigent pour évacuer la matière. Certains soirs, le ciel se met à battre. Le feu d’une usine pétrochimique illumine tout. Plus sa combustion est vive, plus la bête est féroce. Depuis la fenêtre de ma chambre, avec mon appareil photo, je zoome sur la flamme, vorace 

et floue, consumant des morceaux de kératine et des métaux lourds. Le brasier violent devient timide à l’écran. Il clignote, bat comme un cœur en fin de vie. Il nous endort. C’est impressionnant, ce ciel mitigé, c’est beau. 

Mais si on peut voir un tel spectacle, c’est parce que des choses sont en train de se faire anéantir. 

Le long de la ligne, les usines d’acier carbone et de béton armé sont jalonnées de cuves immenses, remplies de plusieurs centaines de millions de tonnes de pétrole. 

Des panneaux nous préviennent du danger. Attention, risque industriel, catastrophe possible. Restez alertes. Le monde est déjà catastrophique tel qu’il est. La zone est constamment sous pression. La température monte jusqu’à 800 degrés. Les machines s’acharnent, violentes; le trafic est continu, les engrenages se liment les uns aux autres. La pluie bat la tôle et corrode les tuyaux quand le 

soleil ne les fait pas fondre. La zone est vide de candeur. 

Je ferme les volets, descends d’un étage, sors de l’autre côté de la maison. La montagne me surplombe. Elsa s’occupe des chiens dans l’oliveraie. 

Depuis que je suis née, je vis avec les bêtes. Au début, c’et du compagnonnage. Elsa invite temporairement des chiens, des chats, des oiseaux à vivre sous notre toit.

Puis sa sensibilité grandit, son affection, son besoin. Elle finit par ne plus pouvoir se passer de leur présence. Un chien vivant succède à un chien mort. Les années passent et elle n’attend plus la mort d’un chien pour ouvrir la porte à un autre chien, et les chiens s’accumulent, jusqu’à former une meute. En plus de s’occuper de ses enfants et de ses bêtes, Elsa est ouvrière de chargement dans une raffinerie de la zone. Sa vie est saccadée par un système d’horaires qui l’oblige, une semaine sur deux, à dormir la nuit, puis le jour. Un matin, elle rentre du travail, exténuée. Elle me parle dans la cuisine. « Je sens l’essence, Il n’y a qu’une seule odeur dans ce monde et c’est celle de l’essence, Tu sens comme je sens l’essence tout Le temps ? »

Elsa se demande ce qu’elle fait de son existence, à quoi ça rime de tout donner pour fabriquer ce liquide puant. Il faut participer à la vie de l’hinterland, oui, il faut donner de soi pour que le monde fonctionne; mais les désirs du monde grossissent, et au bout du compte, Elsa ne comprend plus à quoi ça sert.

Sohan aussi travaille sur la zone. Il se lève si tôt qu’il s’endort sur des cartons cachés derrière des palettes. À son réveil, il transporte d’un point à un autre des produits pharmaceutiques, des milliers de petites gélules dans des flacons, des huiles essentielles aux odeurs de fleurs et de bois. Il en récupère en cachette pour Elsa, pour lui et pour moi. Avant de partir au travail, il verse quelques gouttes de lavande sur les poignets d’Elsa, ainsi que sur les siens. «On sentira moins l’essence et l’éthanol», lui dit-il en tapotant sur sa peau.

La zone plane comme une ombre sur leurs corps fatigués.

Elsa se met à garder les animaux des autres pour boucler ses fins de mois. Ce qui était notre maison devient aussi une pension. De fil en aiguille, elle se fait connaître dans tout l’hinterland et finit par quitter son travail dans la zone. Après des mois pendant lesquels je le vois errer en lui-même, Sohan la suit.

Les activités d’Elsa et de Sohan se multiplient. En plus de s’occuper des chiens des autres, Elsa part en voiture jusqu au-delà des montagnes pour chercher ceux qui sont maltraités. Soit elle est prévenue de la présence de l’un d’entre eux, soit elle entend leurs hurlements.

Elle baisse les sièges arrière pour faire de la place aux cabots et slalome dans les virages au milieu de la forêt. Les chiens sont en lambeaux, des lamelles de peau se décollent de leur corps. Elsa les soigne avec l’aide de Sohan. Elle prend les lambeaux, les raccroche à leur tissu sous-cutané. Lorsque les chiens redeviennent entiers, ils intègrent la meute, qui compte une vingtaine d’individus. Ce nombre grandit ou diminue à mesure que la vie avance.

Elsa et Sohan sont souvent en deuil; des chiens rejoignent la meute en étant très jeunes, d’autres arrivent en étant très vieux. Puis ils meurent, comme tout être, laissant derrière eux une lourde absence. Elsa écrit leurs noms partout sur les murs. Le matin des jours funestes, ils creusent des trous autour de la maison. Nous marchons sur la terre et les chiens se reposent sous nos pieds. Pendant ce temps, leurs âmes montent au-delà de l’atmosphère. « Les étoiles sont les yeux des chiens morts», dit Elsa. Quand elle et Sohan ne creusent pas de trous et qu’elle ne va pas chercher de cabots dans l’hinterland, ils se lèvent vers 6 heures du matin et s’occupent de leurs chiens, les maltraités, les abandonnés, et ceux qui sont placés en pension. Ils leur donnent à manger, à boire, les sortent, les font jouer; ils leur évitent le combat, la morsure, les empêchent de marcher sur leurs lambeaux lâches, d’arracher ceux des autres. Ils les surveillent, leur procurent des soins, les éduquent. À la fin de la journée, ils sont épuisés. Le travail avec les bêtes ne permet aucun jour de repos.

Avec les chiens, nous partageons l’espace. Ils se mettent à aboyer en chœur lorsqu’un bruit est perçu comme une menace. Nous aboyons aussi, nous nous mêlons à eux, dormons dans leurs cages, ressentons leur inquiétude. Nous devenons des chiens, des chiennes, nous faisons partie de la meute. »

Extraits

« — Pour plein de raisons. Plus jeune, j’ai adopté de chiens puis je les ai rendus. J’ai consommé des chiens. Je les ai pris pour des objets. Parce que j’avais pas la place, pas le temps, pas l’argent. Je m’en voulais. Je voulais réparer. Parce que c’est la chose la plus sensée que j’ai trouvé à faire dans ce monde. Parce qu ils m’ont apaisée, souvent. De la solitude. Du chagrin. Du travail. De la difficulté d’être mère. Des hommes. Je me sens moins seule avec eux, moins blessée. Ils peuvent me faire sortir de moi, c’est sûr, mais grâce à eux je vois la vie autrement, la mort, tout, la terre, l’air, cela me donne une raison d’être. Et j’aime ces yeux qui font des étoiles. Pour tout ça, quoi, mais je pourrais en parler longtemps. C’est difficile de dire ce qu’on ressent quand on est dans le présent de ce qu’on ressent. Et qu’on souffre pas de ce qu’on ressent. Enfin, c’est ce que je crois. » p. 168

« L’autorité est abrasive, elle nous ponce progressivement. Elle prend un peu de chair, puis encore un peu, puis encore un peu. À la fin, on ne se rend même plus compte, mais il nous manque la surface de tout. Du visage, du corps. Pour le travail, il faut donner de soi, il faut donner de son temps. Il faut être présent. Il faut tout donner, C’est ce qu’on nous demande. Mais, entre la présence et le sacrifice, il y a du papier de verre qui tourne. » p. 207

«  Je veux les mots. Les mots pour dire, les mots pour voir. Les mots pour aimer, lutter, baver. Les mots souterrains et les mots secrets. Les mots denses et ronds comme des boules de feu. Les mots. » p. 225

À propos de l’autrice

Anna Haillot © Chloé Vollmer-Lo

Anna Haillot, née en 1995 à Hyères (Var), est diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Limoges et du Master de Création Littéraire du Havre. Son œuvre photographique s’intéresse aux espaces voués à disparaître, en particulier certains paysages de la côte d’Azur et de l’arrière-pays méditerranéen qu’elle réinvente dans ses images. Une bête à ton tour puise dans son rapport au travail. Pour le dire, elle invente une langue où la beauté du cosmos se mêle à la vanité du capitalisme, la violence des phénomènes météorologiques à la colère sociale. Un premier roman sublime et universel sur notre humanité morcelée. (Source : Éditions Les Avrils / Interforum)

Portfolio de l’autrice-photographe

Page Facebook de l’autrice

Compte X de l’autrice

Compte Instagram de l’autrice

Tags

#unebeteatontour #AnnaHaillot #LesAvrils #ChroniqueLittéraire #LittératureSociale #hcdahlem #roman #RentréeLittéraire2026 #litteraturefrancaise #litteraturecontemporaine #premierroman #VendrediLecture #primoroman #RentreeLitteraire26 #rentreelitteraire #rentree2026 #RL2026 #lecture2026 #livre #lecture #books #blog #parlerdeslivres #littérature #bloglitteraire #lecture #jaimelire #lecturedumoment #lire #bouquin #bouquiner #livresaddict #lectrice #lecteurs #livresque #lectureaddict #litterature #instalivre #livrestagram #unLivreunePage #writer #reading #bookoftheday #instabook #litterature #bookstagram #bookstagramfrance #lecturedumoment #bibliophile #avislecture #chroniqueenligne #chroniquelitteraire #jaimelire #lecturedumoment #book #bookobsessed #bookshelf #booklover #bookaddict #reading #bibliophile #bookstagrammer #bookblogger #readersofinstagram #bookcommunity #reader #bloglitteraire #aupouvoirdesmots #enlibrairie