R.I.P ROGER McKENZIE (1950-2026)

Par Universcomics @Josemaniette
 La disparition de Roger McKenzie, il y a quelques jours, a suscité une émotion sincère dans le monde des comics. Ce n’était pas un auteur omniprésent dans les conventions, ni une vedette dont le nom éclipsait tous les autres. C’était plutôt un artisan discret, passionné, de ceux qui laissent des traces durables sans toujours en tirer la gloire. Né en 1950, McKenzie débute au milieu des années 1970 chez Warren Publishing, sur Creepy, Eerie ou Vampirella. Un passage qui n’a rien d’anecdotique : le goût de l’étrange, des atmosphères inquiétantes et des personnages un peu cabossés ne le quittera jamais. Il poursuit ensuite chez DC, sur des anthologies comme House of Mystery ou House of Secrets, avant d’arriver chez Marvel à la fin de la décennie. C’est clairement à Daredevil que son nom restera attaché. Lorsque McKenzie prend les commandes de la série en 1978, Matt Murdock n’est pas encore le héros urbain, sombre et tourmenté que les lecteurs connaissent aujourd’hui. Peu à peu, le scénariste installe une ambiance différente : des rues moins accueillantes, des adversaires plus inquiétants, une sensation de danger qui s’installe. Son expérience des récits d’horreur n’y est sans doute pas étrangère. L’histoire retiendra surtout le passage de Frank Miller, immense artiste qui transformera définitivement le personnage. Mais Miller lui-même arrive d’abord comme dessinateur, sur des scénarios de McKenzie. Celui-ci a souvent minimisé son propre rôle, avec sa modestie coutumière. Pourtant, Marvel l’a rappelé au moment de sa disparition : il a contribué à donner à Daredevil cette tonalité plus noire qui marquera durablement la série. On lui doit également la création de Ben Urich, journaliste obstiné du Daily Bugle, devenu au fil des années l’un des personnages secondaires les plus importants de l’univers de Daredevil. Une belle réussite pour un auteur qui savait que les héros ont aussi besoin de témoins, d’amis, de regards extérieurs pour exister pleinement.

McKenzie écrira aussi Captain America, Ghost Rider, Battlestar Galactica, puis poursuivra sa carrière chez des éditeurs indépendants, notamment avec la série de science-fiction Sun Runners. Plus tard, il reviendra encore aux comics en travaillant pour Charlton Neo et sur le strip hebdomadaire Spookman. Roger McKenzie ne fut peut-être pas l’auteur le plus célèbre de sa génération. Mais il fut l’un de ceux qui ont préparé le terrain, ouvert des pistes et laissé derrière eux des personnages, des idées et des ambiances qui continuent de vivre aujourd’hui. C'est, dans le fond, une très belle manière de rester vivant. La famille a annoncé qu’il s’était éteint paisiblement, à l'âge de 75 ans.

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