Voilà qu'une mystérieuse force peut prendre le contrôle des êtres humains et passer d'un corps à l'autre. Peter ne sait même plus réellement qui il combat. Pour une fois, le problème n'est donc pas seulement de savoir comment arrêter le méchant, mais comment combattre quelque chose qu'on ne peut pas voir ou comprendre. Je ferai semblant de croire que vous ignorez de qui il s'agit vraiment (impossible à l'ère d'internet) et n'évoquerai donc pas la manière dont ce magnifique personnage est ici totalement réinventé, sans que ça soit si heureux que ça, par ailleurs. Bref. Parlons plutôt du reste du cast, car ce qui est le plus réussi, dans ce BND, ce sont les scènes intimistes, quand l'action se pose, quand le cœur parle plus que les poings. C'est une orgie de guest-stars qui vous attend : Florence Pugh revient en Yelena Belova, toujours aussi excellente dans son mélange de nonchalance et d'ironie. Mark Ruffalo retrouve Bruce Banner avec un plaisir communicatif, tandis que Jon Bernthal revient en Punisher dans une version plus compatible avec le grand barnum Marvel. Contre toute attente, l'association avec Holland fonctionne très bien, même si par moments Castle vire à la clownerie et apparaît beaucoup trop soft par rapport à ce que nous avons vu sur Disney Plus. Sadie Sink, elle, est justement ce personnage que je ne suis pas censé vous dévoiler (rires). Disons simplement qu'elle apporte au film une intensité bienvenue et qu'elle confirme, après Stranger Things, qu'elle possède largement les épaules pour exister au milieu de cette gigantesque machine bien huilée. Et puis il y a Zendaya. MJ a changé, elle aussi. Elle n'est plus la lycéenne insolente des premiers films, mais une jeune femme qui a poursuivi sa vie sans Peter. Zendaya joue cette situation avec une sobriété très agréable, sans jamais forcer l'émotion. Ses scènes avec Holland comptent parmi les meilleures du film, justement parce que leur relation repose désormais sur quelque chose de presque invisible : une familiarité que l'un ressent encore et que l'autre ne peut évidemment pas comprendre. C'est doux, drôle et parfois franchement triste, c'est ce que vous verrez de plus beau et pertinent dans BND. Oui, le film est à sa manière très connecté au reste du MCU. Oui, il faut avoir quelques notions de ce qui s'est passé auparavant pour en jouir véritablement. Oui, certains personnages arrivent avec leur petit bagage de séries et de films. Mais tout cela reste au service de Peter Parker. On retrouve notamment les références aux anciennes aventures de Daredevil, la Main, les souvenirs de tante May et toute une série de petits détails qui donnent parfois l'impression d'avoir ouvert au hasard un vieux numéro de Marvel en librairie. Brand New Day est aussi capable de ne pas confondre maturité et déprime. Le film parle de deuil, de solitude, de culpabilité et d'abandon, mais sans s'enfermer dans une prétendue noirceur de super-héros. Il reste drôle, vif, spectaculaire et profondément populaire. L'humour est d'ailleurs plus discret que dans les précédents épisodes. Même Ned est devenu nettement plus supportable, ce qui constitue peut-être le véritable signe que les personnages ont grandi. On n'évitera pas, toutefois, les scènes avec des gadgets et autres I.A qui parlent et commentent l'action ou les travaux de Peter en temps réel (quelle plaie ! ) et un final qui flirte avec l'idiotie, dans une chambre d'hôpital, et qui n'est absolument pas crédible, même pour le fan le plus conciliant et naïf. Histoire de rappeler que BND fait le job et rassure, mais n'est pas non plus une merveille exempte de travers, loin de là. Il n'empêche, le film cartonne comme au bon vieux temps et relance l'intérêt pour un univers partagé qui commençait à sentir le sapin, et pas seulement à cause de la canicule et des hectares brûlés.
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