Superior spider-man : l'omnibus arrive chez panini

Par Universcomics @Josemaniette

 Sortie dans quelques jours de l'omnibus consacré à Superior Spider-Man. Toute une époque, déjà révolue, dont on garde de bons souvenirs, presque tous. Avouez-le : vous avez déjà eu envie de secouer Peter Parker ! Pas forcément de lui casser la figure, soyons raisonnables. Mais de lui dire, au moins une fois : « Peter, mon grand, ça fait soixante ans maintenant. Il serait peut-être temps de te prendre un peu en main. Loser » Parce que Peter a tout de même un talent assez extraordinaire pour compliquer les choses les plus simples. Il est intelligent, courageux, généreux, possède des pouvoirs extraordinaires et pourrait probablement résoudre une bonne partie de ses problèmes en consacrant cinq minutes à réfléchir. Mais non. Il préfère culpabiliser, plaisanter, se faire tabasser, sauver la veuve et l'orphelin, culpabiliser encore et recommencer. C’est sa méthode. Pendant des décennies, le personnage a ainsi traîné derrière lui une sorte d’adolescence perpétuelle. Tante May devait être préservée, son travail était précaire, ses relations sentimentales compliquées et, lorsqu’une occasion de stabiliser un peu sa vie se présentait, il trouvait généralement le moyen de la faire disparaître. Il aura même fallu que Mephisto intervienne pour régler à sa manière la question du mariage avec Mary Jane, seule manière de faire grandir ce sacré post ado tardif. Tout cela au nom de la grande tradition Marvel : surtout, ne changeons rien à la situation de départ. Et puis Otto Octavius est arrivé : là, pour le coup, quelqu’un a décidé de prendre Spider-Man au sérieux. Le principe de Superior Spider-Man reste probablement l’un des plus absurdes qu’ait produit Marvel, ce qui est déjà une excellente raison pour s'y pencher. Le Docteur Octopus, mourant et plus que jamais obsédé par son propre génie, parvient à transférer sa conscience dans le corps de Peter Parker. Peter, lui, se retrouve coincé dans celui d’Otto, avec la perspective peu réjouissante de regarder son ennemi prendre sa place. Et Otto, évidemment, ne va pas se contenter de mettre le costume, il va améliorer le concept.

Après tout, Peter Parker est un amateur. Un gentil garçon qui balance des vannes pendant les combats, attrape les méchants avec ses toiles et les laisse tranquillement partir en prison, où ils pourront s'évader trois semaines plus tard pour recommencer. Otto, lui, ne fonctionne pas comme ça. Il ne voit pas pourquoi il faudrait attendre que les criminels commettent un crime pour intervenir. Il installe des systèmes de surveillance, développe des drones, perfectionne son équipement, analyse ses adversaires et organise New York comme si la ville était devenue son laboratoire personnel, le tout avec la modestie habituelle du Docteur Octopus (c'est-à-dire aucune, pour les néophytes). Le plus drôle, c'est que son système fonctionne. Et c'est là que Dan Slott commence à jouer avec une idée beaucoup plus intéressante que le simple remplacement de Peter par son pire ennemi : et si Otto avait, sur certains points, raison ? Parce que le Superior Spider-Man est effectivement plus efficace. Il est plus agressif. Il utilise son intelligence scientifique comme Peter ne l'a jamais fait. Il ne cherche pas systématiquement à convaincre ses adversaires qu'ils peuvent devenir de meilleures personnes. Il leur explique plutôt qu'ils ont précisément trois secondes pour se rendre avant de recevoir une quantité astronomique de coups de poing dans le nez. On comprend que les criminels soient un peu déstabilisés et même les Sinister Six vont en faire les frais. C'est presque cruel, finalement : le Docteur Octopus, qui avait passé sa carrière à se faire battre par Spider-Man, se retrouve soudain dans le corps de celui-ci, avec ses pouvoirs, son agilité, ses sens et tout le savoir-faire scientifique qu'il a accumulé au fil des années, avec les ressources de Horizon Labs en prime. Mais le véritable problème d’Otto, ce n’est pas sa méthode… c’est Peter. Parce que Peter Parker est toujours là. Une petite voix, une conscience résiduelle qui refuse obstinément de disparaître et qui passe son temps à rappeler à Otto qu'il est en train de faire n'importe quoi. Ce qui donne au récit une dimension assez savoureuse : Spider-Man devient le seul super-héros de l'univers Marvel à être hanté par son propre fantôme tout en ayant la possibilité de lui répondre. Le Superior Spider-Man n'est pas simplement un Spider-Man méchant. Ce serait amusant pendant cinq numéros, peut-être dix. Au-delà, ce serait surtout fatigant. Slott a la bonne idée de faire évoluer Otto. Il découvre progressivement la vie de Peter, ses amis, ses ennemis, ses relations, ses responsabilités. Et surtout, il commence à comprendre quelque chose qui lui avait toujours échappé : Spider-Man n'est pas seulement une question de pouvoirs, c'est une question de choix. Otto continue certes de se croire plus intelligent que tout le monde. Il continue de se comporter comme si l'univers avait été créé spécialement pour mettre en valeur son génie. Mais il commence à faire le bien. Pas pour les mêmes raisons que Peter, pas de la même manière, certainement pas avec la même délicatesse, mais il le fait. Et puis il rencontre Anna Maria Marconi. Anna Maria n'est pas simplement la nouvelle petite amie du héros parce que Mary Jane est absente du tableau. Sa relation avec Otto permet surtout de découvrir ce qu'il y a derrière la carapace du savant mégalomane. Car, derrière les grandes déclarations et l'ego surdimensionné, il y a un homme profondément complexé, qui a passé sa vie à vouloir prouver sa valeur, ce que Anna Maria comprend progressivement. Visuellement, la qualité est également au rendez-vous. Humberto Ramos est particulièrement à son affaire sur cette série. Son Spider-Man est nerveux, élastique, bondissant, toujours en mouvement. Ses planches donnent aux affrontements une énergie presque cartoonesque, sans jamais sacrifier la lisibilité. Giuseppe Camuncoli apporte de son côté une approche plus classique et plus élégante, tandis que Ryan Stegman se montre parfaitement à l'aise avec cette version survitaminée du Tisseur qu'il initie. Pour une fois, le changement promis par Marvel n'est pas cosmétique. Otto transforme réellement le personnage, son entourage, sa manière de combattre et jusqu'à sa conception du héros. Il y a de l'humour, de l'action, quelques excès parfaitement assumés et cette délicieuse impression que Slott s'amuse à pousser Spider-Man dans une direction où personne n'avait encore osé l'emmener. Alors, si ce n'est déjà fait, jetez-vous dessus.


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