Anna Zerbib – Les après-midi d’hiver ***

Par Laure F. @LFolavril

Le livre de poche

*

« L’hiver était à vivre en entier, d’un bout à l’autre, sans interruption. Je savais que ce qui existait entre Noah et moi existait parce qu’il était à peine possible de mettre le nez dehors l’après-midi, parce qu’il n’y avait pas d’autre choix que de rester au chaud, à l’intérieur, en attendant la nuit. »

Sa mère est morte depuis un an quand elle rencontre cet homme, en octobre. Elle rencontre Noah à Montréal pendant ses études, entre eux la barrière de la langue, la barrière de l’âge aussi. Elle est en couple avec Samuel. Une double vie commence, pendant cet hiver. Ce n’est plus celle du deuil, mais celle de la vie amoureuse. « Mon deuil était déjà une double vie, je voyais déjà quelqu’un en secret. » Une vie de secret. Une vie qu’elle se choisit. Seule au coeur de sa vie double, elle cherche des preuves de l’amour de son amant ; elle cherche le secours de la littérature, les mots de Duras, Plath, Dickinson, Arcan…

On pourrait penser qu’il s’agit juste d’un roman sur une obsession amoureuse le temps d’un hiver. Mais c’est aussi un roman sur le deuil d’une mère. On découvre un personnage maternel complexe et fuyant, qui l’a toujours fascinée. Une mère lumineuse qui se ternit à l’approche de l’automne. Une mère dépressive. L’amant fuyant lui rapelle la fuite de sa propre mère. Les après-midi d’hiver est le premier d’Anna Merril, dont j’avais tant aimé Les fruits rouges. J’y retrouve la plume poétique qui m’avait conquise. C’est un roman empreint de mélancolie et de douceur, qui dépeint la complexité d’une passion, ses aspérités – sa naissance et sa mort.

« L’écriture ne console pas, ne rattrape rien, elle ne s’occupe que de ce qui est perdu d’avance. Grâce à elle, je ne suis pas restée figée dans le temps de l’amour ou celui de la peine. (…) Le manque ne s’évanouira pas, il n’y a pas d’espoir de ce côté-là, mais il ne me mangera pas. Je me suis rendue à l’évidence. Je me suis rendue. »