Toby Lloyd : La Famille Rosenthal

Par Lebouquineur @LBouquineur

Toby Lloyd est un auteur et enseignant vivant à Londres, passionné de l'écrivain américain Philip Roth depuis son adolescence. Né d'un père laïc et d'une mère juive, il a étudié l'anglais à l'université d'Oxford avant de s'installer aux Etats-Unis pour y suivre un master en création littéraire à l'université de New York. Il a publié des nouvelles et des essais dans diverses revues, La Famille Rosenthal, son premier roman, vient de paraître.

C’est à North London, un quartier prospère, que vit la famille juive des Rosenthal, une famille, passez-moi l’expression, assez gratinée ! Il y a le père, Eric, et la mère Hannah, des parents très religieux. Lui est dans le déni de la réalité, elle, écrit des éditoriaux dans la presse rêve et d'écrire un best-seller sur la Shoah. Quant aux enfants, en rupture avec leur milieu, c’est rébellion à tous les étages : Gideon, l’aîné a quitté la maison, parti faire son service militaire à Tel-Aviv, Elsie la plus jeune est dans un trip kabbale un courant mystique du judaïsme, et Tovyah, lui, ne croit pas en Dieu ! Pire peut-être, il a choisi de s’inscrire à Oxford en littérature, au grand désespoir de son père qui le voyait faire rabbin ou du droit. Bref, comme le déclarera plus tard, Tovyah : « J’ai grandi dans un asile de fous ! »

Le roman s’étale sur plusieurs années, de la prime jeunesse des enfants jusqu’à l’âge de jeunes adultes, sur un ton mordant et original, secouant les traditions juives et la trace indélébile de la Shoah.

Quelques éléments du récit : le roman débute alors que le grand-père paternel vit encore avec eux dans le grenier et qu’Hannah lui soutire toutes les informations possibles sur ce qu’il a vécu dans les camps nazis pour en faire un roman, Tovyah l’asocial qui en veut à sa mère d’étaler leurs vies au grand jour (« Le plus horrible (…) c’est que je sais que le nouveau bouquin sera sur moi. (…) La terrible tragédie d’avoir un fils apostat. » Elsie, ses fugues, son internement, sa mère qui « révèle » dans un livre que sa fille serait « une sorcière, une fille égarée par des influences démoniaques ». Et n’oublions pas Kate, une étudiante qui se prend d’affection pour Tovyah à l’université, elle cherchera à le comprendre, à le remettre dans le droit chemin de la vie en société, mais tout son amour sera-t-il suffisant pour cette tâche ?

Un excellent roman, émouvant, drôle et tragique aussi sur la mémoire et les traumatismes familiaux.