Avant même de (re)découvrir L'Odyssée, qui va être furieusement à la mode cet été, il y a une initiative qui mérite d'être saluée. Avec Nootilus, Bamboo inaugure un nouveau label consacré à l'adaptation en bande dessinée des grands classiques de la littérature jeunesse recommandés par l'Éducation nationale. Une ambition louable sur le papier, dont l'exercice consiste à trouver le point d'équilibre entre fidélité au texte d'origine et accessibilité pour un jeune public. Pour lancer cette nouvelle collection, difficile de choisir une œuvre plus emblématique que le poème fondateur d'Homère, dont l'actualité est relancée par l'adaptation cinématographique de Christopher Nolan, qu'on chroniquera un de ces jours prochains, d'ailleurs ! Aux commandes du scénario, Maxe L'Hermenier (à la tête de ce nouveau label) ne cherche pas à réinventer le mythe ni à le transposer dans un contexte contemporain. Contrairement à d'autres relectures plus librement inspirées de l'univers d'Ulysse, cette adaptation suit assez fidèlement la construction imaginée par Homère. Le récit débute avec la libération d'Ulysse de l'île de Calypso avant de revenir sur son interminable voyage, à travers le récit qu'il livre au roi Alcinoos. Les grandes étapes sont toutes là : les Lotophages, le Cyclope, la décision des dieux, Circé… autant d'épisodes incontournables qui jalonnent cette odyssée, qui peut être vu comme les péripéties d'un homme qui soupire après sa terre et son épouse, mais sans trop se presser non plus de la rejoindre (les coups de canif dans le contrat matrimonial avec de splendides créatures ont de quoi retarder même les plus fidèles, non ?)
L'ensemble adopte une identité visuelle très actuelle grâce au travail de Thomas Labourot. Son trait expressif, dynamique et immédiatement lisible dépoussière le texte d'Homère sans jamais le dénaturer. Les personnages affichent un look qui emprunte parfois aux mangas ou aux comics, avec une mention particulière pour Circé, majestueuse et inquiétante. Les couleurs, lumineuses et généreuses, participent elles aussi à rendre cette Grèce mythologique accueillante pour un jeune lectorat, loin de toute représentation figée ou bêtement scolaire. L'intention est donc pleinement réussie : rendre Homère accessible sans donner l'impression de feuilleter un manuel de littérature antique. Et c'est précisément là que réside la principale qualité de cet album. La lecture reste constamment claire, agréable et suffisamment spectaculaire pour donner envie de poursuivre le voyage. Pour un lecteur découvrant L'Odyssée, il s'agit d'une excellente porte d'entrée, complétée par un bref cahier de travail à la fin de l'ouvrage; quelques précisions, quelques questions, et votre BD devient objet de révision avant d'entamer la rentrée ! Seul bémol, la nécessité de faire tenir une fresque incroyable en un nombre de pages limité. Du coup, les escales et les coups de théâtre s'enchaînent à un rythme soutenu, au point que certaines scènes semblent à peine avoir commencé qu'il est déjà temps de reprendre la mer. Les Lotophages disparaissent presque aussitôt rencontrés, le Cyclope est expédié avec une virtuosité qui est loin de nous faire trembler, comme c'est le cas quand on dévore le texte de départ. Des choix nécessaires et qui s'expliquent, je le répète. Et qui ne ternissent pas l'éclat de ce premier tome (sur deux), qui devrait ravir les jeunes friands d'aventure et de mythes, mais aussi de bonnes bandes dessinées catchy et vibrante.
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