Supergirl : un film fort moyen pour kara zor-el

Par Universcomics @Josemaniette

 Si le but était de confirmer les promesses du nouveau DC Universe après le plutôt convaincant Superman de James Gunn, Supergirl finit clairement par donner une impression plus contrastée (euphémisme). En adaptant librement Supergirl : Woman of Tomorrow, Craig Gillespie conserve le point de départ imaginé par Tom King et Bilquis Evely, mais s'éloigne rapidement de l'œuvre originale. Un choix qui n'aurait rien de problématique en soi si cette réinterprétation parvenait à retrouver la même intensité émotionnelle. Or, c'est précisément là que le film trébuche, voire se vautre complétement. L'histoire débute sur une idée assez séduisante. Kara Zor-El profite de son anniversaire sur une planète baignée par un soleil rouge afin de perdre temporairement ses pouvoirs et de goûter enfin aux plaisirs (et aux excès) qu'une Kryptonienne ne peut connaître sous un soleil jaune. Alcool fort au menu, mais pas de drogues ou de sexe, car la grand public en serait profondément choqué, ça va de soi… Elisabeth Lévy dans l'espace, mais en plus jeune, pour faire simple. Sa parenthèse est brutalement interrompue lorsqu'elle croise la route de Ruthye, une jeune fille déterminée à retrouver Krem, le mercenaire responsable du massacre de sa famille. Lorsque celui-ci dérobe le vaisseau de Kara, empoisonne le gentil toutou Krypto et prend la fuite, Supergirl se lance dans une longue traque à travers plusieurs mondes, où chaque étoile modifie ses capacités. Tous les soleils ne brillent pas de la même manière : quand c'est rouge,  ceinture, quand c'est jaune, Supergirl se déchaîne. Vert, c'est la mort assurée. Sur le papier, cette odyssée spatiale possède tout ce qu'il faut pour enrichir l'univers imaginé par James Gunn. Dans les faits, le scénario préfère accumuler les péripéties plutôt que leur donner un véritable poids dramatique. Les thèmes de la vengeance, du deuil et de l'héritage kryptonien sont bien présents, mais restent souvent à l'état d'ébauche. Le montage, manifestement soucieux de faire tenir cette aventure en moins de deux heures, coupe court à de nombreuses respirations émotionnelles qui auraient pourtant permis aux personnages d'exister pleinement. C'est pas que je suis un romantique incurable, loin de là, mais le meilleur est probablement quand le film s'apaise et qu'on fait connaissance avec Kara, plus que Supergirl.

Mais le plus regrettable concerne sans doute Krem. Dans la bande dessinée, l'antagoniste imposait une véritable menace morale autant que physique. Ici, Matthias Schoenaerts fait ce qu'il peut avec un personnage réduit à un simple chef de bande entouré de sbires interchangeables. Des paumés surgonflés qui lorgnent ouvertement du côté de Mad Max mais qui peinent à susciter autre chose que de la pitié (pas pour eux, pour nous-mêmes, forcés de supporter ce cabotinage permanent). Même constat pour Lobo. Voir Jason Momoa enfin incarner le personnage amuse forcément les amateurs de DC, mais son apparition relève davantage du clin d'œil destiné aux futurs films que d'un véritable élément de scénario. Le récit fonctionnerait pratiquement de la même manière sans lui. Bourrin à souhait, mais sans épaisseur. Heureusement, Milly Alcock sauve une bonne partie de l'ensemble. L'actrice s'approprie immédiatement cette Kara plus insolente, plus cynique et plus punk que les incarnations précédentes. Son énergie déborde de l'écran, qu'il s'agisse des séquences (apparemment) comiques ou des moments plus douloureux. Surtout, elle apporte une vraie personnalité à une héroïne qui ne cherche jamais à devenir une copie féminine de Superman. Les rares passages consacrés aux derniers jours de Krypton, à son enfance ou à sa relation avec son cousin figurent d'ailleurs parmi les plus réussis du film, comme déjà souligné. David Corenswet confirme lui aussi tout le bien aperçu dans Superman. Son Clark Kent reste lumineux, maladroit et attachant, tandis que la complicité qu'il partage avec Milly Alcock fonctionne immédiatement. Quelques scènes supplémentaires entre les deux cousins auraient sans doute permis d'ancrer davantage les enjeux émotionnels et de donner un véritable cœur au récit. Sauf que Supergirl a l'obligation de tracer sa route seule, sans avoir besoin de l'intervention inopinée du mâle de la famille pour lui sauver les miches (jolies, sous la jupette). Craig Gillespie signe pour sa part une mise en scène honnête, sans véritable coup d'éclat. Les scènes intimistes privilégient une caméra proche des acteurs et fonctionnent plutôt bien, tandis que les séquences d'action sont pénalisées par un découpage parfois trop nerveux qui laisse peu de place aux chorégraphies, comme trop souvent dans ce genre de film d'encapés. La photographie reste assez dégueulasse : Supergirl s'enferme dans des teintes ocres et poussiéreuses qui uniformisent visuellement une aventure pourtant censée traverser plusieurs mondes radicalement différents. Seules les variations de lumière liées aux différents soleils apportent un peu de relief, à vouloir être sympathique. Même déception du côté de la bande-son, qui donne parfois l'impression d'assister à une imitation servile des Gardiens de la Galaxie plutôt qu'à une proposition possédant sa propre identité. Au final, Supergirl laisse une impression paradoxale et amère. Le film pose des bases intéressantes pour la suite du DC Universe et révèle une interprète idéale en la personne de Milly Alcock, mais nous est livré comme un blockbuster qui se regarde, sans le moindre génie : suffisamment rythmé pour donner envie de revoir son héroïne, pas assez inspiré pour lui offrir un succès et un avenir radieux. 


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