Omnibus spectacular spider-man par j.m. de matteis et sal buscema

Par Universcomics @Josemaniette

 S'il existe un omnibus capable de réveiller certains de mes plus beaux souvenirs de lecture à l'adolescence, c'est bien celui consacré au Spectacular Spider-Man de Jean-Marc DeMatteis, illustré par Sal Buscema. Il s'agit d'une prestation beaucoup trop sous-évaluée chez les lecteurs les plus récents, ceux qui ont pris le train en marche dans les années 2000. Pour nous autres, les anciens, cela évoque immédiatement les petits formats de Nova, qui, décidément, ne rendaient pas hommage au talent d'un artiste très doué qui nous a malheureusement quittés récemment. L'omnibus fait donc office d'hommage particulièrement touchant et constitue une merveilleuse manière de se réapproprier quelques-uns des épisodes mythiques du frangin le moins connu de la fratrie Buscema. Le scénariste, quant à lui, est un spécialiste des récits introspectifs. Il est bien entendu capable de nous fournir des scènes de lutte convaincantes (les ennemis acharnés ne manquent pas pour Spider-Man), mais ce qui l'intéresse avant tout, c'est d'approfondir ce qui se passe dans la tête de ces types costumés, tous pétris de doutes, parcourus par des failles, des psychoses et des névroses qui en font des personnalités bonnes à passer sur le divan du psychiatre. DeMatteis pousse l'analyse dans ses derniers retranchements. Cela commence avec Soul of the Hunter, qui est une sorte de prolongement à La Dernière Chasse de Kraven, où il est question de l'âme de ce dernier, incapable de trouver le repos après son suicide. Pour cela, Spider-Man doit accepter de lui pardonner, alors même qu'il est encore traumatisé par les nombreux jours passés sous terre, enterré vivant par un chasseur qui lui a fait connaître l'un des pires épisodes de sa carrière. Mais cet omnibus nous permet aussi, et surtout, de comprendre ce qui se passe dans la tête de Harry Osborn, le fils de Norman, dont le père, violent, colérique et totalement privé d'empathie, fut aussi le super-vilain que nous connaissons sous le nom du Bouffon Vert. Harry a pris la relève, mais il n'est pas comme le paternel. Il a incontestablement un meilleur fond. Seulement, il n'arrive pas à dépasser le traumatisme de son enfance. Il ne se sent jamais à la hauteur dans ses relations avec les autres, et le masque du Bouffon est pour lui le meilleur moyen d'imposer sa volonté et de se créer un personnage sur mesure pour affronter la réalité. Ce faisant, il torture sa propre famille et, bien évidemment, va affronter Spider-Man dans de longs épisodes d'anthologie. Comme il connaît l'identité secrète de Peter, le capturer ne suffit pas : notre héros doit également espérer que son ennemi ne révèle son secret à personne. Une véritable tragédie cornélienne, avec un Bouffon qui est aussi, dans le civil, le meilleur ami de Spider-Man, et toute une galerie de personnages secondaires pris dans la toile de ces deux-là, jusqu'à une mort poignante, l'une des scènes les plus incroyablement justes et dramatiques de toute l'histoire des comics mainstream de Marvel.

En réalité, il est aussi beaucoup question de transmission. Il y a la manière dont les fautes des pères retombent sur les fils, la façon dont le fils peut être amené à reproduire, souvent malgré lui, les erreurs du père quand il en a l'occasion. Nous avons déjà parlé de Harry Osborn, mais cela vaut aussi pour Edward Whelan. Ce jeune afro-américain a été sexuellement abusé par son père durant son enfance. Il a totalement refoulé ces souvenirs et s'est construit une autre personnalité, fondée sur son sentiment d'être un rebut, une sorte de parasite pour les autres, bref, de la vermine. Vermine, c'est justement le nom de code de cet être maléfique, né des manigances du Baron Zemo, qui vit dans les égouts et attaque des innocents, allant parfois jusqu'à les dévorer. Les affrontements entre Spider-Man et Vermine, avec en toile de fond le travail de la professeure Kafka, psychiatre de renom qui fait tout son possible pour aider son prochain, sont au centre de très nombreux épisodes-bijoux. Le rapport père-fils peut aussi être envisagé sous un autre angle : celui que nous entretenons avec nos ancêtres, au sens large. Et là, c'est une autre forme de bête qui est mise sur le devant de la scène : Puma, alias Thomas Fireheart, un richissime industriel d'origine amérindienne qui abrite en lui une créature incontrôlable. D'autres personnages très célèbres vous attendent, comme le Vautour, le Rhino ou encore les X-Men, de passage le temps de quelques épisodes. Le tout est, bien entendu, illustré la plupart du temps par Sal Buscema (il y a aussi deux longs annuals), avec un style ultra-énergique et anguleux, une formidable capacité à faire ressortir le mouvement et la violence des coups, le tout avec une très grande lisibilité. Bien sûr, ce n'est pas forcément du goût de tout le monde, mais c'est un artiste que j'adore et qui est ici au pinacle de sa carrière. Cet omnibus, inutile de vous le dire, est véritablement indispensable. Alors, foncez !


UniversComics, la communauté comics sur Facebook :