Minor arcana tome 2 : la roue de la fortune

Par Universcomics @Josemaniette

 Comme nous avions déjà eu l’occasion de le découvrir dans le premier volume, le retour à Linderlost, le petit village où Theresa a grandi, n’a rien d’une promenade de santé. Cette jeune femme un peu paumée doit en outre composer avec une mère aussi égoïste que désabusée, aujourd’hui atteinte d’un cancer. Celle-ci tient une petite boutique où elle tire les cartes pour une clientèle crédule, sans sembler posséder le moindre véritable don. En apparence, il s’agit surtout de raconter aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre et de les plumer. Pour Theresa, les choses sont bien différentes. Elle a compris qu’elle possède un talent particulier, ou du moins une étrange capacité à entrer en contact avec les défunts et avec un autre plan d’existence. Régulièrement, elle se retrouve dans une sorte d’hôtel mystérieux dont elle n’est pas l’unique occupante. Reste à comprendre ce qui lui arrive réellement et où son esprit est transporté lorsqu’elle entre en contact avec les personnes qui sollicitent son aide. Ces visions se déclenchent parfois aux moments les plus inopportuns. C’est notamment le cas lorsqu’elle se retrouve en voiture avec Bradley, le policier qui fut autrefois le petit ami de Melissa, son ex-petite amie/amour de jeunesse. Les deux semblaient se détester cordialement lors de leur première rencontre, mais finissent peu à peu par se rapprocher. Il suffit pourtant d’un simple contact, d’un salut distrait, pour que Teresa soit de nouveau happée par l’une de ses visions. Le même phénomène se produit avec le fils de Bradley et Melissa. Oui, Theresa possède bel et bien quelque chose d’exceptionnel. Et le plus inquiétant, dans cette affaire, est qu’une sorte de cabale semble agir dans l’ombre. Plusieurs habitants de la ville auraient tout intérêt à la voir fermer boutique et repartir d’où elle est venue. Le mystère s’épaissit, se complexifie et, surtout, s’assombrit.

L’un des personnages les plus importants de la série de Jeff Lemire demeure cependant le grand-père de Theresa. Il est probablement à l’origine de tout ce qui arrive aujourd’hui à sa petite-fille. Ce deuxième volume lui consacre d’ailleurs un épisode entier, revenant sur le drame qui a bouleversé son existence, sur son passage en prison, mais aussi sur la manière dont il a mis à profit ces années pour explorer des phénomènes relevant du paranormal. Le second tome de Minor Arcana n’est pas intégralement dessiné par Lemire. Nous retrouvons sur plusieurs épisodes l’Italienne Letizia Cadonici, une artiste que j’apprécie beaucoup et que j’ai eu le plaisir de traduire en français à l’époque de Soleil Noir. Son style n’est finalement pas si éloigné de celui du Canadien. Elle joue un peu moins sur l’émotion et sur cette forme de fausse naïveté qui caractérise souvent Lemire. Son trait se révèle plus anguleux, moins apaisant et parfois plus perturbant. La transition reste toutefois très naturelle et permet à Lemire de souffler quelque peu sans que l’identité visuelle de la série en pâtisse. Car Minor Arcana s’impose déjà comme l’une des meilleures créations de Jeff Lemire de ces dernières années. On y retrouve l’essentiel de ses préoccupations : les relations familiales dysfonctionnelles, le retour aux sources dans un coin perdu du Canada où les journées semblent toutes se ressembler, la sensation d’enfermement dans un quotidien qui se dégrade lentement, mais aussi le mystère, l’inconnu et cette angoisse diffuse qui finit par gagner le lecteur page après page. Le résultat est une véritable réussite. Tous ceux qui apprécient l’œuvre de Lemire sont chaleureusement invités à monter dans le train en marche ou, plus simplement, à se précipiter sur ce deuxième tome s’ils ont déjà dévoré le premier. Minor Arcana confirme tout le bien que l’on pensait de la série et s’affirme comme l’une des propositions les plus captivantes du moment.


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