La bataille du siècle : superman vs the amazing spider-man

Par Universcomics @Josemaniette

 Il fut un temps où voir Superman et Spider-Man dans la même aventure relevait du fantasme absolu. Aujourd’hui, à l’heure où les crossovers pullulent et où les univers partagés sont (re)devenus la norme, il est difficile de mesurer l’onde de choc provoquée en 1976 par la rencontre des deux plus grandes icônes de Marvel et DC. Pourtant, à l’époque, cet album avait tout d’un événement historique. L’intrigue est d’une simplicité presque désarmante. D’un côté, Lex Luthor échoue une nouvelle fois à se débarrasser de Superman et retourne derrière les barreaux. De l’autre, le Docteur Octopus connaît le même sort après un affrontement de plus avec Spider-Man. Le hasard, qui fait parfois bien les choses pour les scénaristes, réunit les deux criminels dans la même prison. Luthor ayant déjà prévu son évasion, les voilà rapidement associés dans un plan destiné à éliminer leurs ennemis respectifs. Le résultat ne révolutionne évidemment pas le genre. Luthor mène les opérations tandis qu’Octopus joue davantage les seconds rôles de luxe. Même constat chez les héros : malgré toute sa bonne volonté, Spider-Man apparaît souvent comme un partenaire de circonstance tant Superman domine les débats par l’étendue de ses pouvoirs. Le combat promis par la couverture reste finalement assez bref, avant de laisser place à une aventure commune où les deux héros doivent sauver Lois Lane et Mary Jane Watson, kidnappées par leurs adversaires. Après tout, la vague féministe n'était pas encore passée par là et ces demoiselles n'avaient qu'une fonction bien établie : jouer les beautés en détresse. Direction New York, puis le Kilimandjaro, pour empêcher finalement une catastrophe climatique mondiale. Avec en point d'orgue de superbes double pages, un Spider-Man momentanément doté d'une super force et capable de frapper Superman, avant que ses dons artificiels ne se dissipent et qu'il soit à la limite de se briser les poings contre la poitrine de l'Homme d'acier. 

Avec le recul, le scénario de Gerry Conway respire pleinement les années 1970. L’auteur connaît parfaitement les deux univers et s’amuse à faire cohabiter leurs codes respectifs dans un récit généreux, parfois naïf, mais toujours sincère. Cette fraîcheur fait aujourd’hui une bonne partie du charme de l’album. On sourit devant certains détails délicieusement datés : les gadgets extravagants de Luthor (il parvient à cacher toute une panoplie de dispositifs miniatures pour s'évader, sous une couche de peau artificielle), son vaisseau arborant fièrement l’emblème de son organisation criminelle comme une enseigne publicitaire, ou encore les pulls improbables de Peter Parker, véritables témoins d’une époque où les super-héros n’échappaient pas aux fautes de goût vestimentaires, comme n'importe quel quidam moyen. Mais la véritable vedette de l’ouvrage reste sans doute Ross Andru. Son dessin possède cette élégance classique que l’on rencontre de moins en moins souvent aujourd'hui (la fameuse contamination des genres, vos comics ressemblent à des mangas). Tout semble naturel sous son crayon : les personnages bougent avec fluidité, l’action se lit sans effort et chaque planche démontre une maîtrise remarquable du storytelling. Pas d’esbroufe graphique ni d’effets tape-à-l’œil. Juste un immense narrateur qui sait exactement où placer sa caméra et comment donner vie à ses personnages. Cette rencontre possède également une valeur historique considérable. Elle marque la première véritable collaboration entre Marvel et DC, deux éditeurs qui se regardaient alors davantage en rivaux qu’en partenaires potentiels. L’album a démontré qu’un rapprochement était possible et a ouvert la voie à de nombreux croisements futurs. Il capture aussi un moment charnière de l’histoire des comics : Superman demeure la grande figure héritée de l’âge d’argent tandis que Spider-Man incarne déjà la modernité du super-héros des années 1970, plus humain, plus fragile et plus proche du lecteur. Bien sûr, tout cela a vieilli. Certaines situations sont prévisibles, certains dialogues sentent bon la naphtaline et l’ensemble manque parfois de tension. Pourtant, il serait injuste de juger cette vieillerie uniquement avec des critères contemporains. Son intérêt réside autant dans ce qu’il raconte que dans ce qu’il représente. C’est un instant figé dans l’histoire du comic book, un témoignage d’une époque où voir Superman serrer la main de Spider-Man suffisait à faire rêver des millions de lecteurs. Près d’un demi-siècle plus tard, l’aventure conserve ce parfum d’émerveillement un peu candide grâce à la version grand format Treasury Edition d'Urban Comics. C'est d'une beauté indéniable, et parfait pour réviser ses gammes, puisque Spidey et Superman viennent de se recroiser ces dernières semaines. L'édition française sera en librairie en deux parties, juin puis août, comme pour Deadpool/Batman. Profitez-en et préparez-vous !


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