La narrateur, Corse et jamais nommé mais qui a beaucoup de points communs avec l’écrivain, est professeur de français dans le secondaire. Lassé des congénères de son île et des touristes il profite d’une occasion pour accepter un poste en Algérie, pays néanmoins encore peu sûr après son indépendance. Là, il a un coup de foudre pour une collègue, Nardjess, qui se refuse à lui sans un mariage auquel il consent mais qui l’oblige à se convertir à l’islam. Une série d’attentats le pousse à quitter le pays avec sa femme et leur jeune fille, Afsaneh, et c’est à Abou Dhabi qu’il les entraine, vers ce qui ressemble au paradis, grand appartement avec vue, salaire élevé, une bonne, Kaveesha, travailleuse immigrée sri-lankaise à son service. Un paradis qui s’avèrera un enfer… et finira mal.
Un roman qui s’attaque au déracinement et à l’exil, ou le mythe de l’herbe qui serait plus verte dans le pré du voisin, à travers le destin de deux êtres diamétralement opposés, le narrateur, européen de la classe moyenne et expatrié volontaire, et Kaveesha qui en bavera toute sa vie, exilée pour gagner sa vie et espérer revenir au pays, nantie, vivre la fin de son âge. Jérôme Ferrari explore les tensions entre expatriés privilégiés et travailleurs immigrés, révélant les impasses de la bonne conscience occidentale.
Abou Dhabi qui paraissait édénique est en réalité un monde qui n’offre ni repères ni véritable intégration pour l’un comme pour l’autre, à des degrés divers. L’exil devient à la fois physique et moral, et l’auteur montre comment il peut mener à la désillusion et à la solitude. Une solitude aussi bien vis-à-vis des autres qu’au cœur du couple. Le roman souligne l’échec des tentatives de compréhension, que ce soit entre les expatriés et les autochtones, entre les membres d’un couple, ou entre les classes sociales.