Prions qui vient de paraître, est un thriller scientifique. Un roman qui m’a littéralement scotché et que je vous invite très fortement à lire.
En Grande-Bretagne des gens très ordinaires sont pris de ferveur religieuse, ils se réunissent par petits groupes pour célébrer ce qui ressemble à des messes, s’expriment par glossolalie et point culminant de ces cérémonies, ils se mordent ! Un moment d’extase librement accepté leur apportant un bonheur intense. Evènements classés par les autorités qui n’y voient qu’un incident local et puisque personne ne se plaint…
Incidemment ces faits attirent néanmoins l’attention de plusieurs spécialistes, Neil Ashworth, un épidémiologiste, Alice Renart, directrice de recherche à la Pitié-Salpêtrière, Fiona MacLeod spécialiste des maladies neurodégénératives et Hideo Tanaka, parasitologue. Unissant leurs compétences et leurs savoirs ils en arrivent à élaborer une hypothèse devant être confirmée par des expériences. Les résultats sont tellement affolant pour l’avenir de l’humanité que les autorités vont tenter d’étouffer leurs voix…
Waouh ! Un roman fascinant autant que vertigineux.
Quand on voit écrit « thriller » sur la couverture d’un bouquin, obligatoirement on imagine des trucs, ce genre comme le polar, induisant des codes et des recettes éprouvées ; si vous n’aimez pas les thrillers, ce roman n’est pas de ce bois, alors restez sinon vous allez rater un machin énorme. Ici ce n’est pas la forme qui compte mais uniquement le fond : et si ce que nous appelons la foi ou la spiritualité, n’était qu’un mécanisme biologique ? Imaginez les conséquences pour l’humanité toute entière, toutes les religions ramenées à une pathologie ! Et si c’est le cas, doit-on la soigner malgré les décès qui s’en suivent et d’ailleurs comment ? Est-ce qu’un monde sans foi est un monde dans lequel on veut vivre ?
Par extrapolation, les travaux des scientifiques les amènent à penser qu’à l’aube de l’humanité une maladie à prions (d’où la belle astuce/jeu de mot du titre) aurait transformé Néandertal en Homo sapiens, « ce qui a donné à l’humanité la religion qui elle-même a donné la civilisation, l’art, la musique, la coopération, tout ce qui nous distingue des autres primates – alors en éradiquant le prion, est-ce qu’on ne risque pas perdre ce qui nous rend humain ? » Quand la science met à mal le sacré.
Le texte est truffé de références scientifiques pointues et de détails extrêmement précis dans d’autres domaines au milieu desquels se glissent des réflexions bien senties (« La lâcheté est une habitude, comme toutes les habitudes – on la pratique si longtemps qu’on finit par la confondre avec du caractère » ; « Les gens ne croient pas ce qui est vrai. Ils croient en ce qui est supportable »).