The punisher one last kill : frank castle est de retour

Par Universcomics @Josemaniette

 Il y a parfois des jours où reprendre un abonnement à Disney+ a plus de pertinence qu'à d'autres. Même pour un mois, même pour empiler à la va-vite quelques épisodes ou quelques séries. La sortie de Daredevil : Born Again saison 2 (à lire ici) et l’arrivée dans la foulée de The Punisher : One Last Kill font clairement partie des bonnes raisons pour céder à la tentation. Juste le temps de replonger dans ce New York poisseux où tout le monde semble dormir trois heures par nuit et régler ses problèmes à coups de matraque télescopique. Parce qu’au milieu d’un MCU qui passe parfois plus de temps à préparer les prochains films qu’à raconter une histoire, ce One Last Kill a au moins une qualité précieuse : il sait exactement ce qu’il veut être. Pas une aventure familiale. Pas un blockbuster déguisé en série. Pas une succession de clins d’œil destinés à faire hurler les influenceurs/influbranleurs sur la toile. On a juste un type brisé qui traverse une ville en train de pourrir sous ses yeux, avec suffisamment de colère en réserve pour alimenter une petite centrale nucléaire de haine. Le décor est posé immédiatement. Hell’s Kitchen est devenu un champ de ruines sociales. Les agressions éclatent en pleine rue, les gangs circulent tranquillement, les autorités regardent ailleurs, et l’ambiance générale évoque moins un univers de super-héros qu’un lendemain d’émeute particulièrement mal géré. On est presque dans le quartier des Moulins, à Nice, pour les connaisseurs. Frank Castle s’est retiré dans un appartement miteux de Little Sicily, où il vit entouré de souvenirs, de traumatismes et d’une dépression capable d’assombrir un dimanche de novembre dans le Pas-de-Calais. Ce qui surprend surtout, c’est à quel point Jon Bernthal refuse de rendre le personnage cool. Son Punisher ressemble à un homme au bord de l’implosion permanente. Il tremble, il doute, il s’effondre presque par moments. Il tue toujours, évidemment, mais avec cette impression dérangeante qu’il pourrait retourner son arme contre lui-même si quelqu’un le laissait seul trop longtemps. C’est précisément cette fragilité qui donne au personnage une épaisseur que beaucoup de héros Marvel ont perdue à force de vannes automatiques et de combats numériques. Même si beaucoup jugeront que Castle (qui est un bonhomme, un vrai, rappelons-le) en train de verser des larmes sur la tombe de sa fille, c'est quand même too much… 

L’arrivée de Ma Gnucci, interprétée par une Judith Light absolument terrifiante, pousse encore davantage cette idée. Immobilisée physiquement mais redoutable psychologiquement, elle vient rappeler à Frank ce que tout le monde a tendance à oublier : le Punisher n’est pas un chevalier noir romantique. C’est un homme qui a massacré des familles entières au nom de sa propre douleur. Et le moyen métrage ose enfin regarder cette violence en face sans chercher à l’excuser avec trois phrases pseudo-philosophiques et un thème orchestral élégiaque. Par contre, vous ne trouverez pas ici la truculence des récits de Garth Ennis et Steve Dillon, ni d'exécution jouissive de la matriarche mafieuse. Pour une future saison du Punisher à venir ?One Last Kill, c’est également ce mélange assez rare entre brutalité extrême et vraie mélancolie. Quand l’action démarre, il n'y a plus aucun moyen d'arrêter la machine à flinguer. Frank casse des bras, ouvre des crânes, vide des chargeurs entiers dans des couloirs saturés de sang et de poussière. On est à mille lieux de l'esprit jeunesse et conformisme que le label Disney+ inspire normalement aux usagers de passage : si vos enfants sont jeunes et un poils sensibles, préférez Nemo ou Toy Story, clairement ! Ici, la violence fonctionne parce qu’elle reste sale, lourde, physique. Chaque impact fait mal. Chaque combat semble épuiser un peu plus Castle. On est très loin des bastons aseptisées où des héros survivent à des explosions sans défaire un brushing ultralaqué. Ici, les corps se brisent réellement, et la mise en scène prend parfois un plaisir presque gênant à montrer les conséquences. Tout n’est pas irréprochable. Le montage devient parfois nerveux au mauvais sens du terme, certaines scènes étant découpées comme si le monteur s'était enfilé deux thermos de café avant chaque séquence d’action. Le scénario recycle aussi quelques thèmes déjà largement explorés dans les séries Netflix. Et certains dialogues tombent avec la délicatesse d’un parpaing lancé depuis un toit. Mais malgré ses défauts, le projet possède quelque chose que beaucoup de productions Marvel récentes ont perdu : une vraie personnalité. Une œuvre imparfaite, rugueuse, parfois excessive, mais sincère. Jon Bernthal comprend Frank Castle mieux que personne, et cela transparaît dans chaque regard épuisé, chaque explosion de rage, chaque silence. Ouais, son Punisher est probablement LE Punisher. Le plus frustrant, finalement, c’est que ce one-shot spécial donne surtout envie de voir le Punisher sortir définitivement du rôle de personnage secondaire de luxe. Après ça, difficile d’accepter l’idée qu’il doive encore attendre dans l’ombre d’un prochain Spider-Man pour exister pleinement. Frank Castle mérite probablement mieux qu’un simple strapontin. Donnez-lui sa série à nouveau ! Make The Punisher great again (pardon, je m'égare, le slogan est explosif). 


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