Le Pain des anges, son dernier ouvrage vient de paraître. Un récit autobiographique très intime, bilan d’une vie riche et pleine, « en m’appuyant sur une mémoire précise et de nombreux agendas et journaux intimes, j’écrivais, je réécrivais… »
S’interrogeant sur ce qui nourrit une vie, Patti Smith médite sur la mémoire et l’absence, à partir de ses souvenirs ou de confessions. Son enfance d’enfant intrépide et indépendante (« J’ai entendu mon institutrice murmurer à sa collègue que j’étais un curieux petit canard ») et déjà avide de liberté au milieu d’une famille ouvrière de Philadelphie, Témoins de Jéhovah, avec un père vétéran traumatisé de la Seconde Guerre mondiale, déménageant maintes fois et elle souvent malade… L’autrice y évoque les moments clés de sa vie, ses premières visites dans une librairie, son arrivée à New York, ses grands amours (Robert Mapplethorpe, Sam Shepard), son mariage avec l’homme de sa vie Fred « Sonic » Smith guitariste du MC5, la naissance de leurs enfants, ainsi que des épreuves comme le deuil, Robert, ses parents (« La mort de nos parents reconfigure notre univers ») puis Fred.
Patti Smith revient évidemment sur son parcours artistique, l’art, la littérature et la musique sont présentés comme des forces sacrées, presque mystiques, qui guident et élèvent l’existence. Elle évoque les disques enregistrés, mais surtout, comme elle l’a déjà dit de nombreuses fois, son amour pour la littérature (Rimbaud…) et l’écriture qui a toujours plus compté pour elle que la musique.
Une fois encore Patti Smith m’enchante par sa prose épurée et poétique avec ce livre que je range précieusement à côté de Just Kids qu’il complète merveilleusement.
« Voilà à quoi rêve l’autrice tôt le matin à la table d’un café, dans le salon désert d’un hôtel ou en griffonnant dans son carnet sur le banc d’une cathédrale silencieuse : un soudain éclat lumineux qui contient la vibration d’un moment particulier. Johnny Stahl attachant les lacets de mes patins. Les doigts de Butchy Magic arrachant le dard. Le souvenir intact d’actes de bonté spontanés. Le pain des anges. Le stylo tombe et je touche des blessures fantômes. Les garçons de Philadelphie ne sont jamais revenus. A quinze ans, un autre visage a pris place dans mes rêveries secrètes. Les anges m’ont servi une nouvelle part : j’ai découvert Arthur Rimbaud. »
Traduit de l’anglais par Claire Desserrey