Petit fruit - Marion Fayolle
GallimardLa BlancheParution : 8 janvier 2026Pages : 128
Isbn : 9782073111159
Prix : 16 €
Présentation de l'éditeur
«Novembre, décembre, janvier, elle calcule sur ses doigts en même temps qu'elle marche. Si elle tombait enceinte ce mois-ci, ça serait pour juillet. Elle préférerait un bébé de printemps mais c'est raté. Et puis, non, c'est la saison des fruits, ça tomberait mal pour les cueillettes. Un bébé d'hiver, ce serait idéal, ils auraient plus de temps pour l'accueillir. Janvier, décembre, novembre, elle rembobine les saisons.» Une femme dont le ventre reste vide, un mari qui ne trouve pas les mots pour la rassurer, un inconnu qui frappe à la porte et s'immisce entre eux. La rencontre de trois solitudes, quelque part, dans une ferme. Ici, on glane des prunelles en attendant le petit fruit dans la chair, on jette ses peurs au feu, on peint pour se parler. Dans ce deuxième roman, Marion Fayolle évoque le désir d'enfant avec une délicatesse qui n'élude pas le chagrin. Elle écrit comme on rêve, avec des images, des sensations et des symboles. Elle invente un monde où l'on transforme ce dont les autres ne veulent pas, où les amours déteignent et où la poésie se cueille à même le sauvage.
Marion Fayolle
Née en 1988, Marion Fayolle a grandi en Ardèche. Inscrite en dernière année de l'école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, c'est au sein de l'atelier d'illustration qu'elle a rencontré Matthias Malingrëy et Simon Roussin, avec lesquels elle a fondé en 2009 la revue «Nyctalope».
"Du même bois" est son premier roman publié en janvier 2024
Mon avis
"Petit fruit" c'est un conte, un court roman poétique, à l'écriture sobre, resserrée, sensible et sensuelle, tout en finesse.
Un couple sans nom qui au fil des saisons glane, cueille de façon sauvage des cèpes, des prunelles, des châtaignes pour les vendre transformés au marché. C'est un couple qui a fui la ville pour la campagne et vit simplement, espérant depuis plus de deux ans d'être trois et de former une famille.
"Petit fruit" c'est un texte court en douceur exprimant la douleur de l'absence, d'un ventre vide, d'un désir de maternité qui ne vient pas. Mois après mois, en suivant le cycle féminin, c'est l'attente, l'espoir et puis l'immense déception, l'impuissance du mari face à la détresse de son aimée.
C'est aussi un couple qui se nourrit de ce que la nature lui donne et qui n'arrive pas à planter, à faire germer la vie.
"Elle et lui, ça fait comme l'huile et l'eau, ça ne se mélange pas, ça n'adhère pas."
Un jour , un homme aux mains violettes, le même violet que sa robe - la couleur des prunelles -, arrive. Il est étrange dans sa bulle comme s'il n'entendait pas. Il prétend avoir retrouvé en elle son amour de jeunesse. Il n'entend pas qu'elle ne le connait pas, que ce n'est pas elle. L'homme s'incruste, n'arrête pas de la peindre, de la dessiner, il partage son chagrin, une perte, un vide, une douleur.
C'est métaphorique, lié à la nature. Une plume allant à l'essentiel, magnifique.
J'ai adoré ce livre que je vous recommande chaleureusement.
Un coup de ♥
Les jolies phrases
Ils ont pourtant, le même chagrin, celui d'un bébé absent et quelque part, ça la touche.
Elle et lui, ça fait comme l'huile et l'eau, ça ne se mélange pas, ça n'adhère pas.
Quand on vit ensemble, tout le temps, on se regarde mais on ne se voit plus.
C'est toujours la même histoire. Elle accueille la tristesse des autres et pense ensuite que c'est la sienne. N'arrive pas à s'en défaire.
Avec la lame de son couteau, elle caresse la chair, retire la terre, la mousse, les épines de sapin collées sur le pied et le chapeau. Sa mémoire fait le même geste, gratte délicatement ses souvenirs pour ne pas les abîmer, cherche à trouver qui est cet homme et pourquoi il est là.
L'homme continue à gribouiller dans son carnet, il ne quitte pas sa femme du regard. Le mari se rappelle qu'enfant, son père lui ordonnait toujours, dans les magasins, de ne pas toucher avec les mains mais de toucher avec les yeux. Ça lui semblait une chose impossible et pourtant, ce type-là ne fait que ça : toucher sa femme avec les yeux.
La femme se dit que c’est comme ça que fonctionne leur couple, ils avancent dans le même sens mais ont chacun besoin de leur espace. Ils n’aiment pas se marcher dessus, n’ont pas le même rythme, ni ne portent attention aux mêmes détails.
Ça ne l'intéresse pas de faire du maraîchage, de cultiver. Son projet à lui c'est la cueillette sauvage. Il veut travailler avec la nature, se contenter de ce qu'elle lui offre, se servir sans la piller.