Louise Browaeys – Bleue comme la rivière

Par Laure F. @LFolavril

Phébus – février 2026 – 176 pages

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« Je suis une chienne indocile et vaniteuse. Et je commence ce livre-rivière avec la crainte que plus personne ne m’adresse la parole si je vais jusqu’à l’estuaire. »

Bleue comme la rivière file la métaphore de l’eau, des ruisseaux, de la mer, de la rivière, toutes ces eaux qui nous composent, nous irriguent et nous façonnent. Louise Browaeys nous met en garde contre l’assèchement. Elle a trente-huit ans, un mari et des enfants, elle a tout pour être heureuse ; enlisée dans son quotidien, elle préfère passer son temps ailleurs qu’avec ses enfants, elle préfère s’imaginer un amant. Les mots de ses amies l’empêchent de s’effondrer totalement. Il y a l’ombre de sa mère, tombée en dépression, sans profession, l’ombre de cette mère qui s’est oubliée dans la maternité. Il y a la vulnérabilité de l’amour. Il y a le désir, toujours présent. Incandescent. Et il y a la nature, sous les traits de la rivière, de l’eau, personnage à part entière, qui habite le roman, d’un mot à l’autre. La rivière-femme ou femme-rivière « ouvre une multitude de voies. Elle déborde quand elle n’est pas mutilée et forcée, elle est méandres, nuages, stalactites, eaux souterraines. Elle est truites, libellules, algues, racines, crustacés. » L’autrice explore avec toujours plus d’acuité les liens qui relient les êtres vivants. « Je suis une rivière traversée à son insu par les nageoires de tant d’êtres vivants. »

La langue de Louise Browaeys m’a happée, encore une fois. Ses mots pourraient être les miens. Ils me foutent une claque tant ils entrent en résonnance. Percutée de plein fouet par eux, leur justesse, leur poésie, leur sensibilité, leur drôlerie aussi. C’est une plume de femme vivante, envers et contre tout. C’est le genre de texte qui fait se sentir moins seule, qui fait se sentir moins différente, moins bizarre. Le genre de texte qui relie, qui panse, qui console.

« La porte fermée devant laquelle on attend, c’est la vie : se tromper, vieillir, se comparer aux autres, avoir mal, faire mal. Aimer sans retour. »