Birute Galdikas est décédée le 24 mars 2026. Elle était la dernière du trio de femmes admirables qui ont consacré leur vie aux grands singes, Dian Fossey pour les gorilles, Jane Goodall pour les chimpanzés et Birute pour les orang-outangs. Toutes les trois surnommées par le presse les trois anges de Louis Leakey, l’archéologue qui leur a permis de vivre leur passion.
j’ai donc eu envie de relire son seul et unique livre paru en Français, l’édition anglais datant de 1995 soit 24 ans après son installation dans la jungle de Bornéo.
Son livre tient à la fois du journal de bord de la scientifique et du journal intime, car la vie de Birute fut inextricablement liée à l’étude des grands singes roux.
Il faut imaginer les premières années de son séjour dans la jungle, dans les années 1970, où les ressources matérielles et financières manquent cruellement, où les blessures, allergies et accès de fièvre sont fréquents, où les marches en forêt sont une épreuve, la forêt tropicale n’ayant rien de commun avec les forêts canadiennes que parcourait Birute dans sa jeunesse.
En Indonésie, il existe bien des réserves et des zones de protection, sur le papier du moins, car aucun contrôle ne vient troubler braconniers et trafiquants de la vie sauvage. Les premiers grands singes que verra Biruta seront d’ailleurs des animaux captifs.
Malgré cette immersion brutale dans un monde à peu près inconnu, elle accumule des heures d’observation précieuses, notamment en suivant les orang-outangs en forêt, formule plutôt inédite quand on sait que cette espèce passe le plus clair de son temps dans la canopée, descendant rarement au sol.
Selon ses observations et suivant en cela les méthodes de Jane Goodall et Dian Fossey, les primates captifs qui lui sont confiés pour être réadaptés à une vie plus sauvage seront individualisés et nommés en fonction de leurs personnalités et de leurs caractères. La vie solitaire des grands mâles, les liens entre mères et enfants, les différentes étapes de l’émancipation des jeunes… plus rien n’échappe à Birute Galdikas. Il y a notamment des passages très instructifs sur la façon dont les grands singes roux choisissent les fruits de tels ou tels arbres.
Son récit est parsemé d’anecdotes et de souvenirs, souvent très drôles, car elle prenait rarement les choses au tragique.
Il est enfin intéressant de noter qu’au moment où elle écrit son livre, en 1994, elle a déjà constaté les nombreux changement survenus depuis son installation en 1971, et notamment les ravages de la déforestation.
Elle craignait déjà pour la survie de cette espèce.
Aujourd’hui, ces primates sont menacés par la déforestation qui réduit leurs territoires et isolent les populations, les interactions avec les hommes (abattage quand ils s’aventurent dans les plantations de palmiers à huile, trafic pour la vente d’animaux), les incendies de forêts et le changement climatique.
Selon les estimations les plus récentes, il resterait entre 35,000 et 45,000 individus à Bornéo et 15 000 à Sumatra.