Un petit village côtier en Irlande. La dépouille d’un phoque échouée sur le rivage, suivie de la découverte du cadavre d’un homme sur la plage et pas bien loin, la carcasse de l’épave d’un rafiot échoué là depuis une dizaine d’années. Ca fait beaucoup d’évènements bizarres pour cette petite communauté qui s’interroge sur la personnalité de l’homme mort. Inconnu de tous, ni touriste, le mort était assis tranquillement dans les dunes face à la mer, vêtements secs et l’autopsie de conclure « l’homme ne s’était pas noyé, il n’y avait aucune trace de blessure, aucune preuve d’acte criminel ».
Ainsi résumé, mais factuellement exact, ça pourrait être le départ d’un polar, pourtant il n’en est rien. Il s’agit d’un roman classique magistralement torché, un roman choral, une fiction où alternent les points de vue de nombreux personnages, Gavin le policier du village, Teresa la légiste, Manoy un matelot Philippin, un plongeur professionnel, le prêtre, le chauffeur du bus, une artiste ou un vagabond…
Ces personnages ont un lien, parfois ténu, avec le rafiot ou le mort inconnu, cette énigme. Et plus nous avançons dans le roman, plus l’interrogation se réduit quant à l’échouage du bateau et ce qu’il est advenu de ses quelques occupants, quelques pistes maigrelettes tracent l’arrivée du mort jusqu’au village, une vague silhouette ayant peu marqué ceux qui l’ont aperçu.
Chaque acteur a droit à son chapitre où il nous raconte, s’éloignant parfois du sujet, sa propre vie, les aléas de son existence qui l’ont amené dans cette bourgade, une autre sorte d’échouage. Le roman explore les liens et les tensions au sein d’une petite communauté confrontée à un événement inattendu, ainsi que la solitude et l’étrangeté de chacun face à l’inconnu. Le tout servi par une belle écriture, entre réalisme et poésie pour décrire les émotions et les paysages et comme ce n’est pas un polar, ce que j’ai bien précisé au départ, le roman s’achève par un léger sfumato…