Julia Lepère – La mer et son double ****

Par Laure F. @LFolavril

Éditions du Sous-sol – 2026 –

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« Mon désir de nuit devient irrépressible. Une nuit semblable aux failles de l’océan, au sang dans mes veines, à une terre intouchée. Souveraine, le temps d’un éblouissement. »

Dans des circonstances mystérieuses, une femme arrive dans la petite ville de P., au large de ce qui ressemble à la côte ouest des États-Unis. Un lieu étrange que personne n’a jamais quitté, où il règne une chaleur infernale, et où chacun vit « un jour après l’autre, sans désir ni lutte. » Un lieu à l’atmosphère trouble et singulière que la femme filme, jour après jour, en se fondant dans le décor. Chaque personnage semble sorti d’un obscur conte. Les enfants sont sauvages, laissés à l’abandon ils disparaissent et personne ne s’en soucie. Peter, un homme sans ombre, antipathique à souhait a une influence malsaine sur les autres.

En parralèle on suit l’histoire d’une  naufragée à la mémoire effacée qui est repêchée en plein milieu de l’Atlantique par un cargo qui file en direction de l’Antarctique, trois jours après la disparition d’un des membres de l’équipage, par une nuit de tempête. Tous les hommes à bord pensent que cette femme a été rendue en échange de Jack, le marin disparu. Une femme sur un bateau, ça porte malheur. On n’a retrouvé sur elle qu’un médaillon, avec un prénom, Anna.

L’aura qui se dégage des pages de ce singulier premier roman m’a saisie. C’est un roman fantasmagorique où les frontières sont floues, poreuses, entre rêve et réalité, entre passé et futur, entre ombre et lumière, entre deux mondes. « Quelqu’un nous a laissés ici. Pas pour mourir, mais pour rêver. Peut-être pour l’éternité. » On ne sait à qui se fier. Où se situe l’ombre et la lumière, le bien et le mal. C’est une lecture qui a quelque chose de fascinant, qui agit sur nous à la façon d’une fable hypnotique dont les personnages sont livrés au bon vouloir d’un destin qui ne dit pas son nom ; elle nous révèle la noirceur du monde actuel, offrant matière à réflexion sur le temps, la disparition, la mort.

« La mort est encore pour elle une abstraction, le néant d’où elle vient se confond avec celui qui l’attend. Elle lui préfère le mot de disparition. Lorsque l’on disparaît, l’on peut réapparaître. »