Sous la plume savante mais poétique de Laurent Tillon, biologiste et ingénieur à l’Office National des Forêts, nous découvrons la vie pleine de péripéties du chêne Quercus, qui vit à l’orée de la forêt de Rambouillet, et qui est devenu l’arbre-compagnon de Laurent Tillon. Ce dernier nous convie à un voyage immobile, un voyage dans le temps en tout cas, retraçant la vie de ce chêne, de son statut de gland en 1870 à nos jours. Que d’aventures pour ce miracle de la vie végétale ? Il y a même du suspense et des courses-poursuites ! A lire tous les dangers qui menacent les arbres, on ne peut que s’émerveiller de leur capacité à surmonter un grand nombre de tragédies. Car il faut de la persévérance, de la force et un brin de chance pour parvenir à grandir dans un monde où les humains dominent presque tout.
L’une des grandes forces de ce récit, outre de nous rappeler la place de l’arbre au sein de son écosystème, la forêt, son rôle et ses formidables capacités, c’est aussi de dévoiler un pan de l’Histoire de la gestion de la forêt et comment l’homme a modifié les paysages forestiers, au gré des événements (guerres, incendies, tempêtes…), des besoins (ah, l’anecdote sur la nécessité d’installer des poteaux téléphoniques partout…) essentiellement économiques, de la rapidité avec laquelle on a modernisé les outils (de la hache à la tronçonneuse). Mais surtout, comment la vision à court terme a supplanté les fameux plans de gestion (incroyable le programme élaboré en 1892 !) destinés à concilier les équilibres entre gestion économique et écologie pour les générations futures.
Tout est question d’équilibre en forêt, tout repose sur des relations, des services rendus. Et je dis un grand merci à l’auteur pour avoir consacré un court chapitre à canis, le dernier loup tué en forêt de Rambouillet. Parce que Quercus, mais aussi Fagus et tous les autres ont besoin de Canis.
Je ressors de cette lecture riche de nouvelles connaissances, d’un émerveillement nourri par toutes ces possibilités et par la certitude profondément convaincue que les arbres, malgré leurs étonnantes capacités de résilience, sont soumis à des pressions trop nombreuses et trop rapides pour s’en sortir seuls. Notre responsabilité en tant qu’être humains est de protéger nos forêts, pas seulement pour elles mais aussi pour nous.