« Pour défendre la place de la littérature dans notre « monde moderne », j’ai choisi un titre choc, claquant comme un étendard, agressif, combatif, et même un peu provocateur. En effet, j’ai le sentiment que certains d’entre nous doutent d’elle aujourd’hui, de sa valeur, de son pouvoir, de son utilité, de son avenir... » Ainsi débute ce petit ouvrage qui avait tout pour me plaire mais qui, au final, s’il n’est pas mauvais, n’a fait que renforcer mes propres convictions sans m’apporter beaucoup.
Antoine Compagnon part d’un slogan provocateur, pour attirer les curieux bien évidemment mais aussi pour répondre à une méfiance assez répandue qui voudrait que la littérature « ne paye pas » ou « ne paye plus », ni pour les écrivains ni pour ceux qui lisent. Et il va démontrer qu’au contraire, si elle rapporte peu d’argent à la majorité des auteurs (c’est vrai), elle « paye » surtout pour le lecteur, en transformant sa manière de vivre, de comprendre le monde et de se comprendre lui‑même.
Un peu plus d’une vingtaine de petits chapitres, plutôt disparates et peut-être le point faible du bouquin, illustrant son discours par du vécu pour en rendre lecture et compréhension plus aisées.
Globalement l’essai traite deux aspects de la question : combien la littérature rapporte à son auteur, constatant que très peu d’écrivains vivent confortablement de leurs droits, la plupart exerçant d’autres métiers (professeurs, journalistes, éditeurs, etc.) et combien elle rapporte à son lecteur, s’interrogeant en quoi lire « paye‑t‑il » pour le lecteur, en termes de bénéfices existentiels, intellectuels et même, sociaux et professionnels.
Quel que soit l’angle sous lequel on aborde la littérature, il est impossible de faire abstraction du fait qu’elle s’insère malgré tout dans une économie (chaîne du livre, éditeurs, diffuseurs) et que seuls une minorité d’auteurs de best-sellers vivent vraiment de leur plume. Parmi les gains potentiels pour les lecteurs, notons son avantage compétitif car en développant des compétences de discernement, de jugement, de compréhension des récits, particulièrement utiles dans un monde saturé d’informations et de discours trompeurs, si elle ne garantit ni fortune ni emploi, la littérature « paye » en nous aidant à vivre mieux et plus lucidement. A ce sujet l’auteur nous fait remarquer que de multiples professionnels, médecins, ingénieurs, magistrats, etc. réussissent d’autant mieux leur vie professionnelle qu’ils savent tirer parti de leur lettrure (Capacité de lire et d'écrire), avantage qui leur permet de se faire comprendre et de s’exprimer pour tout le monde.