Sentiments contradictoires, Tome 2 : Murmures doux-amers de Helena Hunting

Par Bib Hlm @bibHLM

Résumé :Un dernier coup d’un soir... Et tous mes plans volent en éclats.
De l’extérieur, ma vie semble parfaite : mon père est une légende du hockey, mon avenir dans la ligue est prometteur, j’ai une famille unie et des amis géniaux. La réalité est un peu plus complexe.
Mon père m’a toujours conseillé de privilégier le hockey, du moins jusqu’à ce que je fasse mes preuves chez les pros. Alors, pour ma dernière année à l’université, j’ai un plan en béton : bosser assez pour passer mes examens, jouer au hockey comme si ma vie en dépendait et éviter toute relation. Il me suffit de rester concentré sur l’objectif. Ça devrait être facile.
Mais je ne peux résister à un dernier coup d’un soir avant la reprise. Où est le mal ? On n’a même pas échangé nos numéros.
Tout va bien jusqu’à ce que je la croise sur le campus. L’université est grande. Je devrais pouvoir l’éviter.
Sauf qu’elle est dans ma classe. Et ce n’est pas une étudiante. C’est ma professeure.
Mon avis :J’avais adoré le premier tome de la série, c’était un vrai coup de cœur. Pour ce tome deux, ça n’a pas totalement fonctionné pour moi parce que la thématique est sensible, même si je reconnais qu’elle est plutôt bien traitée. La relation professeur/étudiant, je n’adhère pas.
L’histoire se déroule en parallèle du tome un, ce qui permet de mieux comprendre les agissements de Maverick, notamment ses absences et ses moments de fuite. On comprend enfin où il était... On rencontre d’abord Maverick et Clover avant la rentrée, donc avant les événements du tome un, autour du lac de leur maison familiale. Ils vivent une histoire éphémère, assumée comme telle, sans lendemain. Ça leur laisse un souvenir qui nourrit leurs fantasmes et, même s’ils regrettent de ne pas avoir gardé de moyen de se recontacter, ils ne regrettent pas vraiment la manière dont les choses se sont passées.
Évidemment, ils vont se retrouver plus tard, et pour l’un comme pour l’autre, la situation devient gênante puisqu’elle devient sa professeure et lui son étudiant. Ce n’était absolument pas prévu, puisqu’elle remplace un professeur au pied levé à la rentrée. C’est sa première expérience dans ce rôle et elle sait qu’elle ne va pas rester longtemps à ce poste.
Dans cette histoire, il y a deux grandes parties.
Une première où ils gardent des rapports très distants justement à cause de leur position de prof et d’élève. J’ai trouvé ça très pertinent de la part de l’autrice, parce que même s'ils sont majeurs, qu’ils ont déjà partagé quelque chose avant, que le consentement a été longuement évoqué et pris au sérieux (d’ailleurs, Maverick est clairement un "green flag" !)... la position qui est la leur quand ils se retrouvent ne peut pas impliquer de rapprochement. Ils sont dans une zone grise déontologique où, éthiquement, ils seront observés et elle sera jugée ! Le double standard sexiste est évoqué : si leur relation était découverte, ils seraient observés par deux prismes opposés : lui serait sans doute adulé par ses pairs pour sa "prouesse", et elle subirait le jugement social.
Le fait qu’aucun des deux ne cherche à se rapprocher pendant cette période est une critique assez juste de toutes ces romances en milieu universitaire où l’on se cache derrière l’âge et le consentement sans vraiment prendre en compte la dimension systémique de l'abus de pouvoir. On sort de la simple romance pour interroger la déontologie : une prof, par sa fonction, exerce une autorité qui rend la notion de désir "neutre" impossible. Cela sous-entend une forme de prédation. D'ailleurs, l'idée d'asymétrie de pouvoir est bien illustrée quand Clover indique que les examens de Maverick sont systématiquement corrigés par son assistant ! Cette première partie m’a vraiment semblé pertinente.
Ensuite, leur histoire peut enfin s’épanouir quand ils n’ont plus de relation prof/étudiant. L’autrice ajoute un passé compliqué du côté de l’héroïne, avec une relation amoureuse basée sur la domination et un rapport toxique. Elle ajoute aussi le point de vue des parents du héros, ce qui est assez rare : on voit souvent des parents protecteurs envers leurs filles, mais moins envers leurs fils sur ces questions relationnelles. J’ai trouvé que tout ça apportait une vraie profondeur en termes de psychologie et d’intelligence émotionnelle.
En dehors de leur relation, les deux personnages ont aussi chacun des choses à gérer. Pour l’héroïne, ce passé toxique qui lui revient en boomerang ; pour le héros, le poids familial, le passé de sa sœur et la culpabilité. Le parallèle avec le tome un est assez malin : la résilience pour l'héroïne du premier tome, et la culpabilité pour Maverick dans celui-ci.
J’ai trouvé cette histoire pleine de bon sens, très intelligente sur les rapports hommes-femmes, sur le consentement et sur l’importance de la communication. D’un point de vue psychologique, la place de la thérapie dans le bien-être est abordée de manière saine et sereine. Malgré tout, je ne suis pas fan de l’age gap et ce début de relation dans un contexte professeur-étudiant ne m’a pas plu. Je sais que je chipote, car l’histoire est réussie et que beaucoup de précautions ont été prises, mais c'est un frein personnel.
Pourquoi je me suis retrouvée là-dedans ? C’est une autrice que j’aime beaucoup, j’achète ses livres sans lire les résumés. Si j’avais su, je n’aurais sans doute pas lu ce titre.
Au plaisir.