Le ciel l’a mauvaise

Par Henri-Charles Dahlem @hcdahlem

En deux mots

Après une tempête d’une violence inouïe, Isaac le solitaire recueille Alma, une jeune fille en fuite et Bo un garçon parti à la recherche de sa mère. Trois inconnus, trois vies brisées, réunis par le chaos qui vont devoir apprendre à cohabiter et apprivoiser leurs blessures respectives.

Ma note

★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Trois destins fracassés

Éléa Marini signe un premier roman bouleversant. Elle y explore avec une justesse troublante la question du lien et de la reconstruction après le traumatisme. Comment trois êtres meurtris peuvent-ils former une famille de fortune quand le monde s’effondre autour d’eux ?

Bo est un petit garçon débrouillard, un peu par obligation. Sa mère est malade, alors il doit l’aider, tenter de la soutenir à hauteur de ses faibles moyens. Perché sur son vieux vélo, il va à la rivière où il jette son casier à écrevisses. Mais lorsqu’il fait ses premières prises un homme arrive et lui demande de déguerpir. Il se dit propriétaire du lieu. Bo essaie bien de résister, mais finit par obtempérer. En chemin, il voit les habitants affaires à consolider leurs maisons avec des sacs de sable, à calfeutrer les vitres, à mettre du matériel à l’abri. Car le vent souffle de plus en plus fort. La tempête est annoncée, mais elle sera d’une vigueur exceptionnelle, balayant tout sur son passage et noyant les maisons.

Dans ce déchaînement des éléments, Bo a croisé l’homme des écrevisses. Ce dernier l’a sauvé, ainsi qu’une jeune fille. Isaac, Bo et Alma sont des réfugiés, réunis par les circonstances.

Au lendemain de la catastrophe, ils se retrouvent ensemble dans la maison qu’Isaac à déniché, loin du malheur qui les a frappés. Si Alma reprend du poil de la bête, trouve un emploi de commis dans un restaurant, Bo s’ancrer dans son désespoir. Et quand il émerge à nouveau, c’est pour partir vers sa maison ou ce qu’il en reste à la recherche de sa mère.

Quant à Isaac, il va chercher dans l’alcool et le regard de feu d’un jeune homme de quoi oublier ses déboires.

Et quand Alma lui annonce que Bo a disparu, « Il voudrait lui dire qu’on pourrait bien le chercher qu’on le trouverait nulle part ce gosse. Et qu’il y a fort à parier qu’il reviendra jamais. C’est comme ça, chacun ses déchirements, chacun ses manques. »

Pourtant Bo revient. Les retrouvailles se font vaille que vaille. Il va falloir s’apprivoiser. Isaac et Bo forment peu à peu un binôme. Le garçon accompagne l’homme dans ses chantiers, apprend le métier. Tandis qu’Alma travaille dans un restaurant où ses talents de cuisinière font merveille. Une routine s’installe, fragile, incertaine.

Chacun transporte ses secrets comme des bagages trop lourds. Ici un jeune homme battu à mort dont Isaac porte la culpabilité. Là une mère absente que Bo cherche désespérément. Ailleurs encore, la fuite d’Alma après un mariage forcé. Ces trois êtres abîmés tentent de survivre ensemble sans vraiment se dire l’essentiel. Mais les non-dits finissent toujours par faire surface.

Éléa Marini construit son récit en quatre parties aux titres évocateurs : Les vents, Retombées, La terre et Les démons. Cette architecture narrative épouse parfaitement la trajectoire de ses personnages. Le drame qui arrive. Les suites de la catastrophe. La vie qui essaie de reprendre le dessus. La résilience qui se cherche. Chaque section dévoile une couche supplémentaire de ce triptyque humain.

La primo-romancière frappe par son épure et son inventivité. Les phrases courtes résument parfaitement l’état d’esprit des différents protagonistes. « Bo regarde par la fenêtre. Alma fait des ronds dans son assiette. Isaac boit son café. » Cette économie de mots n’empêche pas la profondeur. L’autrice rend avec une justesse remarquable le langage des différents âges du trio. Le mutisme de Bo enfant. La tendresse maladroite d’Isaac. La détermination d’Alma. Chaque voix est reconnaissable, authentique.

On observe les liens se tisser entre ces trois destins comme on verrait des racines s’entrelacer sous la terre. Sans qu’ils n’en aient vraiment conscience, Isaac, Alma et Bo deviennent indispensables les uns aux autres. Une famille recomposée par l’ouragan. Une fratrie choisie plutôt que subie.

Éléa Marini fait ses premiers pas en littérature avec ce roman puissant. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Son regard sur la reconstruction après le traumatisme touche juste. On n’oublie pas facilement Bo, Isaac et Alma. Leur silence partagé, leurs gestes maladroits vers l’autre, leur besoin de croire encore à quelque chose.

Le ciel l’a mauvaise

Éléa Marini

Éditions de l’Olivier

Roman

304 p., 19,50 €

EAN 9782823622317

Paru le 9/01/2026

Où ?

Le roman est situé dans une ville au bord d’une rivière, sans davantage de précisions.

Quand ?

L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

Quand l’ouragan détruit la ville, trois solitudes se heurtent et s’attachent, construisant au cœur du chaos la possibilité d’un foyer.

La chaleur écrase, les murs craquent, les vents se lèvent. Bo, gamin insolent et tendre, s’invente des bravades tandis que sa mère s’éteint sous ses yeux. Alma, jeune femme déracinée, relativise pour conjurer la peur et retenir ce qui s’effondre. Isaac, colosse solitaire, s’est bâti une maison à la lisière de la ville, refuge fragile contre ses fantômes. Lorsque la tempête éclate, l’eau engloutit les rues. Dans l’urgence, ces trois existences se rencontrent et se tiennent ensemble, d’abord sur un toit battu par la pluie, dans les refuges improvisés, puis sur les routes d’un après où tout est à reconstruire.

Avec Le Ciel l’a mauvaise, Éléa Marini déploie une langue charnelle et singulière : chaque image frappe, chaque voix sonne vrai. Son roman explore nos failles (le deuil, la mémoire, l’exil) tout en laissant surgir la force des attachements choisis. Au milieu de la catastrophe, dans les liens sensibles d’un trio, se crée une famille.

Les critiques

Babelio

Les premières pages du livre

« — Arrête de faire du foin, va voir ailleurs et que ça rapporte ! dit la mère qui agite la main pour chasser le gamin.

— Quel foin ? Je suis là, je fais rien d’autre que d’être là, il rétorque.

Il tourne autour du corps impatient et fait claquer ses pieds au sol.

— T’es comme les herbes sèches dans une grange, tu t’embrases, tu t’enflammes et j’en ai le tournis. File !

Dans son dos, Bo tire la langue et fronce le nez. Sa mère qui le chasse ! Il voudrait jurer, saisir ses épaules carrées, les secouer comme les pruniers pour en faire tomber les fruits. Mais la porte s’est déjà refermée sur lui.

Il sonde le ciel, bouilli de colère, poings collés sur les hanches. Un ciel qui a la couleur des mauvais jours, Bo le voit bien. Et alors quoi ? Les mauvais jours, il connaît. Il les traîne au bout des pompes, les garde tièdes sous les paupières.

Sur les marches du perron, il attrape son piège, l’attache sur le porte-bagages de son vélo qu’il enfourche. La bicyclette, trop grande pour lui, grince et grince à chaque coup de pédale poussé du bout des orteils. Bo roule dans les rues brûlantes, passe devant des maisons de guingois dont il connaît les contours par cœur. Au détour de la scierie, il avise le molosse gris, celui qui mord si on l’approche de trop. Saleté de bête. Il l’évite d’un coup de guidon. Ils sont nombreux, les gosses du quartier, à garder de lui des cicatrices rondes et bosselées qui leur courent sur les bras.

Il roule, le tee-shirt mouillé de sueur, le ventre plein de racines retorses. Rageux, filou, des dents de lait encore fichées dans les gencives. L’air chaud lui glisse dessus. Son regard se niche dans les coins des appartements, le feuillage des arbres, les magasins piteux qui ne vendent plus grand-chose.

Et partout, partout, des voitures qu’on remplit, des bras chargés de sacs et d’objets, des corps qui se pressent. Les fous. Il ricane, va plus vite. L’après-midi touche à sa fin. Il traverse le fleuve large et boueux. Au loin, il y a les beaux quartiers et leurs maisons qui brillent.

Au fil de sa route, la ville se réduit et les bâtisses se font plus rares. Peu à peu, les chênes et les saules couverts de mousse remplacent le goudron et le plâtre. Leurs teintes d’été lui ramonent le ventre pour l’attendrir. Il bifurque, suit un bras du fleuve. De l’eau brune émergent des cyprès chauves aux troncs épatés. La ville est tout à fait derrière à présent et le bois se dessine, droit devant lui. Les pneus de son vélo s’enfoncent dans la terre et le gamin l’abandonne dans les herbes pour continuer à pied, sa nasse sous le bras. Il avance tout droit, au fond du monde, prenant garde à rester sur ls berge qui parfois se réduit et se couvre d’eau. Un moment qu’il n’est pas venu là. Il observe, à droite, à gauche. Puis æ faufile sous une clôture en barbelé, s’écorche sous les frissons du métal qui déchirent le bas de son tee-shirt. Il réprime un râle. Sur ses côtes, une griffure rouge et rectiligne. L’aventure le guide. Il aime avancer le risque entre les bras. S’il fait bonne pêche, ça adoucira la mère qui de bon matin s’est levée les yeux durs et le ton haut. Il se dit que plus tard il Jui montrera sa blessure, fier comme pas deux.

Ses pieds s’enfoncent dans la boue, qui tache ses chevilles. La chaleur, aussi épaisse que du sirop, rend ses pas plus trainants que d’ordinaire.

Le ciel a la couleur du fer, les arbres s’agitent.

Ce quelque chose qui vient, il le sent dans le fond de l’air. Le murmure des plantes se fait gémissement.

Il se dit J’ai le temps, j’ai tout le temps. Il s’agenouille, le sang chaud. L’eau trouble est fraîche, elle le soulage comme une caresse. Il s’en asperge le visage et les bras, y rince ses pieds, frottant la couche d’herbe et de boue qui s’est formée sous la plante. Il plonge les mains pour y coincer son piège entre des cailloux, et fixe au centre du casier les morceaux de foie de poulet qu’il a apportés.

Il faut maintenant attendre.

Il s’assoit sur une pierre et guette la vie sauvage. Sur une branche, un caméléon déroule sa langue dans un claquement pour se repaître d’une libellule. Bo compte les tortues vertes qui dorment sur la roche, observe les pas gracieux des aigrettes et des hérons dans l’eau stagnante. Des jacinthes et des magnolias bordent le boyau du fleuve. Paresseux, ses yeux se ferment à demi. Il aime être là, le gosse, loin du tumulte. Seul le bourdonnement des moustiques vient de temps à autre le sortir de ses rêveries. Alors il chasse les bestioles, vérifie que son piège est en place, jette un œil autour puis replonge en lui-même. Les minutes s’effilochent. Il entend un craquement. Il se retourne pour chercher l’origine du bruit. Les craquements redoublent et se rapprochent. Son regard glisse d’un arbre à l’autre, sans rien percevoir. Dans ses oreilles, son sang bat sourd. C’est un homme qui vient et dont les pas lourds creusent la terre. Il s’arrête à quelques mètres de Bo, ses yeux clairs qui le fouillent.

Bo retient sa respiration. Il se lève lentement. Pris, saisi, foutu. Il serre les poings dans les poches de son jean sale, menton dressé.

— Qu’est-ce que tu fous là ?

— Rien, répond le gamin. Je fais rien du tout. — C’est des conneries ça. Tu viens voler des écrevisses dans mon coin.

— J’avais pas idée, mais je vais partir.

— C’est ça. Tu pars. Et tu remets pas les pieds ici. Va donc te mettre à l’abri.

Le gamin inspire, soulagé. Un instant, il a cru que l’homme allait le battre, pied au cul et main sonore contre joue molle.

— Y a le temps.

L’homme regarde le gamin comme s’il n’avait pas toute sa tête.

— Rentre donc, il répète.

Bo regarde la nasse enfoncée dans l’eau. Il a mis du temps à pouvoir en racheter une pour remplacer celle que les abrutis du quartier avaient brisée à coups de pierre et de pied. Il n’a aucune envie de l’abandonner là. Il observe l’homme puis à nouveau la mousse légère qui s’est formée à la surface de l’eau. Il entend un soupir.

— Bon Dieu, prends-le, ton piège. Et tire-toi !

Le gamin se redresse et mêle son regard à celui de l’homme, mû par l’audace.

— Je reviendrai, moi.

— Ah oui ?

— Ouais, dit le gamin avec défi.

L’homme sort une cigarette qu’il triture sans quitter le gamin des yeux.

— Tu le sais, hein, que t’es chez moi ici.

— Ouais, je le sais.

— Et quand même tu veux jouer au plus malin.

— Je fais pas le malin. Je dis juste ce qui est, je vais revenir. Ici, les écrevisses je les chope mieux qu’ailleurs.

— T’as l’insolence qui va te causer du tort.

— Peut-être bien et alors ? Le tort, je connais, je vais pas en mourir.

L’homme regarde le ciel.

— Tu sais que y a ton temps qui file ?

— Y a rien qui file. Avec mon vélo je vais vite, je rattrape tout.

— Tu crois ça maintenant.

Le gamin plonge le bras jusqu’au coude au fond de l’eau et en sort la nasse dans laquelle s’agitent quelques écrevisses. ll regarde l’homme à nouveau.

— Et vous alors ? demande Bo. Vous restez là ?

— T’occupe.

Le gamin s’avance un peu, tenant fermement son piège entre ses bras.

— Tous ils disent que ça va être coton.

— Ça va être coton, confirme l’homme. Allez, tu dégages.

Bo rebrousse chemin et glisse dans la fange, son casier à bout de bras.

— Et puis tu reviens pas ! lance l’homme d’une voix qui tonne. Le gamin ne répond pas, fâché de s’être fait prendre. Il marche sans se retourner.

Autour, les vents se lèvent.

Dans le dos du gamin, il reste le regard de l’homme qui le suit jusqu’à ce qu’il disparaisse, avalé par les arbres humides. Isaac allume sa cigarette, prend le temps de la fumer, le regard vers les hauteurs. Il y a longtemps qu’il se doute que quelqu’un vient par ici. Il l’a vu aux barbelés affaissés, aux traces de pas qui apparaissent parfois dans la terre détrempée. À vrai dire, il n’est pas totalement dans son droit en faisant déguerpir le gosse. Son terrain a ses limites en deçà de la clôture qu’il a posée mais il n’aime pas qu’on rôde par chez lui, c’est tout. Et encore moins s’il s’agit de petite racaille des quartiers.

Sa maison se trouve un peu plus loin, entourée par l’eau et les arbres. Son mégot au coin des lèvres, il marche jusqu’à elle. Des murs en bois qui s’élèvent dans la grisaille, une table à l’extérieur, un fauteuil en rotin. Il ne se lasse pas de la contempler, sa maison à lui.

Il l’a construite de ses mains.

Ses paluches qui peuvent tout, énormes et rouges et calleuses.

Il a mis le temps. Seul, rincé, le dos en charpie, les genoux vieux avant l’heure. Il a tronçonné le bois, fait hurler la forêt. Il a attendu, dessiné, pensé l’ossature dans tous les sens. Il s’est dit Bordel, et si ça tient pas ? Si les poteaux supportent pas le poids des poutres et des contreventements ? Ce squelette-là c’est pas le mien, il le faut solide, un dur à cuire. Il a réfléchi encore, s’est gorgé de bière tiède à l’ombre des arbres, a étiré ses muscles noueux comme les résineux qu’il travaillait. Il a monté les solives, vissé le bardage. Ça prenait forme.

Fourbu quand venait le soir, il souriait de voir les murs grimper et la maison qui commençait à vivre. Le bois craquait, elle respirait avec les arbres. Les mois fuyaient comme des anguilles. Sa peau brûlait et pelait sur son dos. Il se lavait le sexe et les aisselles dans l’eau du boyau qui courait là, couchait sous la tente, enroulé dans un duvet. En s’endormant sous la toile tendue, il pensait encore. Ma maison.

Elle n’est pas bien grande, non, juste ce qu’il faut. Une pièce à vivre avec un coin cuisine, une petite chambre et une salle d’eau attenante. La paix. Quand le boulot se termine, il reste seul parmi les arbres et les bêtes, à passer les heures en écoutant le fleuve et le bruissement des feuillages.

Du pied, Isaac pousse la porte qu’il ne verrouille jamais. Il entre dans la pénombre de la maison et allume le ventilateur au plafond. Il n’a pas installé de climatiseur, pas besoin, il sait endurer la chaleur comme le froid. Dans la cuisine, il sort une bière du frigo qui ronronne et se prépare un sandwich à la viande. Il s’installe ensuite dans son fauteuil, près de la fenêtre. Dehors, le ciel commence à faire des histoires.

Isaac sera bientôt prêt.

Tandis qu’il mange son sandwich, il repense au gamin. Sa bouille de peureux qui jonglait avec l’effronterie, ses frusques de misérable. Un de plus qui partira pas, la ville en regorge.

À lui comme aux autres, on avait dit qu’il fallait pas rester. Qu’il fallait prendre ses cliques et ses claques, se tirer vite fait et au plus loin. Isaac avait hoché la tête.

Il regarde la table en bois, les deux chaises nues qui se font face, la petite lampe posée sur le guéridon.

Son foyer, fait de ses paluches énormes et rouges et calleuses.

Partir, et puis quoi encore ?

Il ne va pas empaqueter ses quelques affaires, rouler, laisser tout derrière comme si rien n’avait compté. Alors il reste, et adviendra ce qui adviendra. »

Extraits

« Ils gravissent à nouveau, émergent dans l’air moite. Debout sur les hauteurs de la maison, ils observent la ville devenue fleuve. Il n’y a qu’à regarder ça d’en haut pour savoir que tout est fini, pour comprendre tout ce qu’ils ont perdu.

L’un après l’autre, ils sentent leurs jambes fléchir. Ils se laissent tomber, effarés, des râles coincés dans la gorge. Ils ne mettent pas longtemps à en apercevoir d’autres comme eux, sur les toits qui sortent des eaux, des corps assis et qui attendent.

Égrenant les heures, ils épongent leurs fronts, tirent sur leurs vêtements collants. La soif et la faim les creusent. » p. 62

« Allez, c’est une histoire de quelques jours, quelques semaines. Quelque temps seulement.

Lorsque la nuit s’amène enfin, ils tâtonnent, embarrassés, avec leurs mots qui bronchent, leurs pas qui piétinent. Ils se frôlent. Pardon. Elle se pousse, laisse passer Isaac, il se fourre dans un coin. Alma sort du poulet froid figé dans la graisse. On mange ça comme ça hein. C’est un murmure. Ils s’assoient. Leurs mastications résonnent. Isaac plante ses dents dans la cuisse rosée du poulet. Il met en pièces des morceaux qu’il mâche bruyamment, coudes posés sur la table. Puis il ronge la carcasse, délogeant des bouts de chair infimes entre les petits os de la bête. Il lève à peine les yeux vers le gosse et la fille. Collés à ses basques, aussi désemparés que lui. Le petit, il le sent, il a besoin qu’on lui donne quelque chose comme de l’espoir à cause de la disparition de sa mère. Il ne sait pas s’il peut lui apporter ça, lui, ni même s’il a envie de le faire. Ça lui est tombé dessus cette histoire et il a l’impression que le gosse compte sur lui et sur eux, même s’il le dira pas. Pour la fille, il ne sait pas. Elle est une sorte de mystère avec ses cheveux qui font des vagues, ses yeux effilés qui s’énervent quand ça lui va pas. Elle est là mais elle ressemble à un courant d’air, vaporeuse, parfois éteinte, prête à filer. On dirait que les vents lui ont volé plus que sa maison. Mais ça, elle en dira rien non plus. » p. 113

À propos de l’autrice

Éléa Marini © Photo DR

Éléa Marini vit à Montpellier et travaille dans le cinéma, comme scripte et assistante à la réalisation. Le Ciel l’a mauvaise est son premier roman. (Source : Éditions de l’Olivier)

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