Rose la nuit

Par Henri-Charles Dahlem @hcdahlem

En deux mots

L’autrice passe une annonce dans Libération, dans un supermarché et une médiathèque de la région niçoise pour recueillir des témoignages de femmes prénommées Rose. Sept femmes répondent. Rose Rose, narratrice sans domicile, raconte leurs histoires depuis un lit d’hôpital. Un roman choral qui tisse des destins de femmes venues d’ailleurs, marquées par leur prénom comme par leurs combats.

Ma note

★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Un bouquet de Rose

Maryline Desbiolles revient avec un roman qui prolonge sa réflexion sur les femmes et leurs trajectoires singulières. Après L’Agrafe, elle signe un texte profondément humaniste, né d’une idée originale, recueillir la parole de femmes prénommées Rose.

« J’ai perdu mon histoire. J’en ai gagné d’autres. La vie est-elle un seul récit ? » Cette phrase résume l’ambition du livre. Maryline Desbiolles a eu l’idée de publier une petite annonce : « Écrivaine cherche des personnes se prénommant Rose pour l’écriture d’un roman. » L’annonce paraît dans Libération en juin 2024, s’affiche à l’Intermarché de Cantaron, circule dans les médiathèques des Alpes-Maritimes. Sept femmes répondent.

Et c’est Rose Rose qui prend la parole. Rose Rose vit dans la rue. Elle se déclare malade pour passer une nuit à l’hôpital. Dans ce lit temporaire, elle murmure aux soignantes les histoires des sept Rose qui ont répondu à l’appel. Ces vies s’entrecroisent, tissent une toile invisible de solidarité féminine.

Il y a Rose-Marie et sa grand-mère calabraise. Rose venue du Nigéria. Rosetta, si mal accueillie avec sa famille d’Italie du Sud. Rosette, née à Tunis en 1935. Rosy, née à Orléans en 1944. Chacune porte son prénom comme une marque. Comme un destin.

« Au commencement de Rose. Au commencement du commencement : la difficulté de prononcer ce mot si simple, si court, rose, la couleur, la fleur, Rose, le prénom. » Dès l’ouverture, Desbiolles interroge le poids des mots. Le o fermé ou ouvert selon les accents. Les moqueries. Les origines. Ce prénom devient un personnage à part entière.

En lisant ces témoignages, impossible de ne pas sentir combien ce joli prénom a déterminé une partie de leur existence. Rose évoque la douceur, la féminité, la délicatesse. Mais ces femmes ont toutes des vies rêches, âpres, difficiles. Le contraste est saisissant. Leurs histoires racontent l’exil, la pauvreté, la violence parfois. Des trajectoires cabossées.

Pourtant, toutes révèlent une volonté farouche de s’en sortir. Une envie tenace d’échapper à leur spirale infernale. Rose Rose elle-même, vivant dans la rue, trouve la force de transmettre ces récits. Les Rose deviennent alors le symbole d’une lutte collective. La lutte des femmes pour échapper à leur condition.

Et quelque chose de magnifique se produit : un réseau de solidarité se tisse entre elles. Malgré les époques différentes, les origines diverses, ces femmes se répondent. Leurs voix forment une chaîne. Une chaîne qui résiste.

L’écriture de Desbiolles épouse cette ambition. Son style alterne entre la précision documentaire et la poésie du quotidien. Elle sait décrire un corps qui travaille, des mains qui abattent de la besogne. Elle évoque Marie-Rose, la bergère de son enfance, « son visage très charpenté par deux pommettes, saillantes, la bouche large, les yeux étirés, deux fentes, comme si toujours Marie-Rose regardait au loin, en plein soleil ».

Les phrases sont tour à tour nerveuses et rapides ou longues et sinueuses. Au souvenir personnel se côtoie le témoignage recueilli, le tout sous la figure tutélaire de Rosa Luxemburg qui « me tient par la main si légèrement que mes pieds ne touchent pas terre. » La révolutionnaire assassinée en 1919 devient l’emblème d’une résistance qui traverse le temps, tissant des liens entre l’intime et le politique, entre l’histoire personnelle et l’Histoire collective.

Après L’Agrafe, son précédent roman qui explorait déjà la condition féminine Maryline Desbiolles questionne inlassablement ce qui fait tenir les femmes debout. Ce qui les fait résister. Rose la nuit enrichit cet univers d’un nouveau fleuron. Une œuvre chorale, généreuse, qui rend hommage aux anonymes. Aux oubliées. Aux Rose de l’ombre.

La nuit du titre n’est pas seulement celle de Rose Rose à l’hôpital. C’est aussi la nuit des luttes, celle qu’on traverse pour voir le jour se lever. C’est la nuit des femmes qui se serrent les coudes dans l’obscurité. Qui se racontent des histoires pour tenir.

Cette symphonie collective forme un vrai bouquet de Rose. Épineux et magnifique.

Rose la nuit

Maryline Desbiolles

Sabine Wespieser Éditeur

Roman

144 p., 18 €

EAN 9782848056005

Paru le 8/01/2026

Où ?

Le roman est situé à Nice et dans la région, à Roquebrune, Sainte-Agnès, Cantaron, Menton, Monaco, Saint-Jeannet, Grasse, Vence, Villars-sur-Var et Marseille et dans nombre de petits villages et hameaux, à Auvare, mais aussi dôme de Barrot, Saint-Léger, Roudoule, La Croix-sur-Roudoule, vallon de Mairola, Puget-Rostang, Rigaud. On y évoque aussi L’Alpe d’Huez, Rome, Neuchâtel, le Nigeria, le Sénégal, la Calabre, Arma di Taggia, Gonesse, Sarcelles, Maisons-Alfort, Pithiviers, Toulouse, la Bourgogne, Tunis, l’Algérie, Charenton, Fontainebleau, Chevilly-Larue, Nanterre, Mareau-Aux-Prés, près d’Orléans et Paris.

Quand ?

L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Rose », le mot, couleur, fleur, prénom, habite Maryline Desbiolles : Marie-Rose, bergère rebelle et un peu sorcière, fut une figure importante de son enfance. Plus tard, ne l’a-t-on pas traitée de « Rosa Luxemburg » ? Deux figures de Rose bien éloignées de la suavité que l’on attribue ordinairement à ce prénom.

Suivant son intuition, l’écrivaine s’invente une contrainte. Bientôt paraît l’annonce suivante : Écrivaine cherche des personnes se prénommant Rose pour l’écriture d’un roman. Merci de prendre contact avec la maison d’édition : rose@swediteur.com.

Sept Rose y répondent. Mais c’est à une Rose de fiction, « une grande bringue salement amochée », que revient le rôle de narratrice. Échouée dans un couloir d’hôpital, cette femme maigre et couverte de plaies prétend s’appeler Rose Rose (le deuxième Rose en guise de patronyme). L’infirmière ne la croit pas, pas plus qu’à ses prétendues douleurs : les examens n’ont rien révélé de grave. En réalité, le grand échalas vit dans la rue et a envie de passer une nuit à l’abri. Comprenant qu’improviser sur le nom de Rose éveille l’attention, elle se transforme, sous nos yeux émerveillés, en moderne Shéhérazade.

Entre rêve et sommeil, la voilà tantôt Rose de onze ans sous l’avocatier d’une maison niçoise, tantôt Rose-Marie avec sa grand-mère calabraise, Rose du Nigéria ou encore Rosetta, si mal accueillie avec sa famille d’Italie du Sud. Qu’elle soit Rosette née à Tunis en 1935 ou Rosy née à Orléans en 1944, ses récits murmurés à l’oreille des soignantes lui valent la nuit sauve.

Rien de suave dans les destinées de ces femmes, dont la force, la grâce, l’esprit de lutte et de résistance se fondent en des motifs curieusement récurrents et s’élèvent en une joyeuse sarabande, bien dans la manière d’une Maryline Desbiolles dont ce livre éblouissant pourrait également se lire comme un art poétique.

Les critiques

Babelio

Les premières pages du livre

« AGRIPPÉE DES DEUX mains aux mancherons, debout, le front ceint d’un bandeau du même plastique blanc que l’ensemble de la machine, que le logement où est posé le menton, que la languette glissée entre les dents afin que les mâchoires restent légèrement ouvertes. Agrippée des deux mains, parmi le blanc de l’éternité, le plafond blanc, les murs blancs, la lumière blanche, le carrelage blanc, l’air blanc que je ne respire plus, la machine blanche qui tourne autour de ma tête pendant vingt secondes avec une infime stridulation et une voix de plastique blanc, la voix suave de la machine déclarant qu’elle s’apprête à réaliser une image. Une image, une radiographie panoramique de mes seules dents, mais un panoramique tout de même, découvrant jusqu’à ma mort, l’éviction de ma peau, l’éviction de ma chair, de mes gencives et l’avènement panoramique de mes dents de morte, morte jusqu’à la racine, à moins que, plus vraisemblablement et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tout ait été réduit en cendres, les dents comme le reste.

Vingt secondes dans la cabine blanche, vingt secondes de purgatoire, de solitude, le dentiste et son assistante se sont éclipsés, vingt second panoramiques, je pense à Rose.

Naissance de Rose

AU COMMENCEMENT de Rose. Au commencement du commencement : la difficulté de prononcer ce mot si simple, si court, rose, la couleur, la fleur, Rose, le prénom. Rose avec son o fermé ou son o ouvert selon les régions et les accents, avec son o sujet à moqueries selon qu’il est prononcé fermé ou ouvert au mauvais endroit. J’ai toujours vécu dans le Sud de la France, mais n’y suis pas née et n’ai jamais pris l’accent, disant Rose avec un o d’autant plus fermé qu’il me semblait la marque du bon français, du français comme il faut auquel, enfant, je croyais dur comme fer et le maître me donnait raison. Ma fille, qui est née dans le Sud, mais n’y vit plus, prononce rose avec un o ouvert. Je ne me moque pas, mais je souris, car rien n’est assuré et tout tremble, o fermé, o ouvert, comme les accents que nous n’avons pas pris, qui bougent encore un peu et, à notre insu, font bouger la langue, la déhanchent, et même de plus en plus, les cahiers au feu et le maître au milieu.

Au commencement : une embrouille. À l’époque Je m’occupais à Nice d’une revue de littérature, tirés à peu d’exemplaires, dont la sortie était prévue dans un des musées de la ville. Le conservateur avait dû traiter l’événement à la légère et oublier de demande l’autorisation de nous accueillir. Si bien que, à quelques jours de la sortie de la revue, il m’annonça que sa hiérarchie avait refusé que le musée nous reçoive Pour faire passer la pilule en me flattant, il prétendit que pour les autorités locales j’étais Rosa Luxemburg, ce qui expliquait leur veto. J’étais flattée en effet, mais pas dupe, persuadée que la hiérarchie du conservateur ignorait même qui était Rosa Luxemburg. Je n’étais pas dupe, mais je n’ai pas oublié la phrase, vieille de plus de trente ans. Je suis loin de me prendre pour Rosa Luxemburg, j’essaie seulement de mériter qu’on puisse me flatter en me comparant à la révolutionnaire ou que, même si la comparaison est infondée, elle ne soi pas, du moins, indécente.

Rosa, Rose, Marie-Rose, Rosette, Au commencement, ou plutôt : aux commencements. Je n’ai jamais pensé au prénom Rose comme au prénom le plus suave qui soit, jamais assimilé le prénom ni la fleur à des emblèmes de la féminité. À cause de Rosa Luxemburg, mais surtout, bien avant que j’entende seulement parler d’elle, à cause de Marie Rose, un solide personnage de ma petite enfance et du village où je vivais alors. Le corps solide de Marie Rose, sa haute taille, ses grandes épaules, ses grandes mains, et son visage très charpenté par deux pommettes, saillantes, la bouche large, les veux étirés, deux fentes, comme si toujours Marie-Rose regardait au loin, en plein soleil, en plissant les veux. Et ce n’est pas une façon de parler, MarieRose regarde au loin pour ne pas perdre ses moutons, elle a été bergère, Marie-Rose est bergère. Elle vit toute seule dans une cabane en pierres sur le chemin qui mène au mont Férion. Et puis elle épouse un boucher qui l’accuse peu de temps après de le maltraiter et même de le frapper. L’affaire est portée devant le tribunal. Le beau corps, le corps magnifique de Marie-Rose se retourne contre elle, on le moque, on le ridiculise. De solide, Marie-Rose devient hommasse ou sorcière, c’est selon. Elle s’éloigne du village et de ses moutons. Elle travaille dans une usine américaine de pièces de transistor, Texas Instruments, où elle fait exploser les cadences de la chaîne, provoquant la détestation des autres ouvrières, à tel point que la direction, qui aurait dû se réjouir de si formidables performances, finit par se séparer d’elle, alertée par un tel manque du sens de la mesure comme de sa difficulté à ménager les autres. Marie-Rose n’a sans doute pas l’intention de supplanter quiconque ni de prouver quoi que ce soit elle a du bonheur à abattre de la besogne. Elle travaille aussi dans un hôtel chic d’une station de sports d’hiver L’Alpe d’Huez, je crois, où elle a une histoire avec le patron de l’hôtel dont elle ne dit pas grand-chose. Je la perds de vue. J’ai beau plisser les yeux, je la perds de vue Sa voix, je l’entends. Sa voix et son accent, nul doute qu’elle prononçait le Rose de Marie-Rose avec un ouvert Marie-Rose m’a gardée quelquefois, rarement, du temps qu’elle était bergère, quand mes parents allaient à Nice, par exception, au cinéma ou restaurant. Je n’en ai aucun souvenir, j’étais bien trop peute. Ou peut-être la fois où, en la suivant sur un chemin, j’ai mis dans ma bouche des crottes luisantes de chèvre, les prenant sans doute pour des bonbons à la réglisse. Mais je garde la mémoire vive de sa voix rauque, tu veux me faire bisquer ? m’avait-elle dit en me mettant les doigts dans la bouche pour que je crache les dernières crottes de chèvre, ses yeux noirs, brillants, assortis à sa voix si rauque qu’elle finissait par se rompre et se perdre quelques secondes. Sa voix me donne le frisson. Elle devait me raconter des histoires, des histoires de moutons et de grand méchant loup, des histoires de rien qui ont dû se déposer en moi, les inflexions de sa voix rauque qui m’emmenaient loin des douceurs réputées enfantines, loin du sucré qui englue et retient. Peut-être me prenait-elle sur ses genoux ? Je me souviens de sa jupe courte et plissée, bleu ciel, de ses jambes, de belles jambes bronzées, et de ses genoux étonnamment ronds, la douceur réfugiée à cet endroit du corps si peu propice à la douceur. I aura suffi d’un ou deux après-midi, de quelques soirs, pour que je la choisisse secrètement pour marraine, pour gardienne, avec elle on ne risquait rien ou tout : le genre, bon genre, mauvais genre, la féminité, la vie comme il faut. À l’adolescence je voulais faire bergère, je passais tous mes dimanches sur les collines avec mon amie Christiane, le berger et ses moutons. J’avais pourtant oublié Marie-Rose à cette époque, mais sa voix rauque devait me parler tout bas sans que je sache. Je ne suis pas loin d’être bergère, à la tête du troupeau de mes cahiers, tous ces mots qui ont l’air dociles et qui le sont si peu. De vraies chèvres plutôt que des moutons.

À cette époque, j’ai connu un garçon qui me raconta que sa sœur Rose pissait bien plus loin que lui. J’essayais en vain de me figurer dans quelle position elle se tenait pour accomplir cet exploit.

Marie-Rose gardait des chèvres, pas des moutons, des biques comme elle devait plutôt dire, quand elle s’emportait contre les bêtes qui ne se laissaient pas traire, faisaient tomber le seau ou s’égaillaient de trop, des biques comme elle devait plutôt dire quand elle les cajolait, fourrait sa tête brune dans leur flanc, Sale bête, vieille bique, ronronnait-elle, les insultant amoureusement quand elle s’attendrissait. Marie-Rose est morte il y a des années, et moi, sa biquette, ne me suis pas souciée d’elle, jamais, en bonne chèvre que je suis devenue, cabriolant par les pentes abruptes du monde à découvrir, enivrée d’herbes et de fleurs odorantes à me fourrer entre les dents.

Marie-Rose m’emmène en promenade. Marie-Rose m’emporte en promenade. Elle revêt sa jupe courte et plissée, bleu ciel, elle me montre comme elle tombe bien, elle passe la main sur chaque pli, ça, tu vois, ce n’est pas une estrasse, elle revêt sa jupe courte et plissée, bleu ciel, elle a de si grandes jambes, j’arrive à peine à la hauteur de ses genoux, j’ai des yeux jaunes fendus à l’horizontale et mes cornes pointent à peine sous mes boucles blanches, Marie-Rose me désigne des fleurs et les nomme, peut-être en patois et peut-être ces fleurs existent-elles seulement dans ces pentes que nous escaladons, qu’il n’y a pas d’autres mots pour les désigner, les mots du parler de Marie-Rose. Plus tard je composerai un herbier. J’écraserai délicatement les plantes sous la cellophane. Le plaisir, la joie, consistera à écrire du mieux possible leurs noms, en français et en latin, le latin n’est pas le patois d’un petit pays mais du temps d’avant, j’écris à la plume, pleins et déliés. J’aime bien m’appliquer. Marie Rose m’emporte en promenade par la Condamine, par les collines, elle marche au-devant et je la suis, Rosa Luxemburg me tient par la main, elle boite à mes côtés, elle souffre d’une dysplasie de la hanche depuis l’enfance, je ne la connais pas encore, mais elle me délivre par avance le goût des herbiers, elle qui en a composé de magnifiques dans les prisons où on l’a enfermée de 1915 à 1919. Après on l’a assassinée et jetée par le canal. Elle trouve les plantes dans la cour des prisons, et ses amis, des femmes pour la plupart, lui en font passer. Sur les planches des herbiers, elle écrit le nom de la plante, sa provenance, le nom de l’amie qui la lui à envoyée, Géranium, de Mathilde (brisé par le vent 13.7.18). Trois de ces femmes seront assassinées dans des camps d’extermination. Rosa Luxemburg compose des herbiers et écrit des lettres. Elle me tient par la main si légèrement que mes pieds ne touchent pas terre. Je n’ai pas besoin de régler mon pas sur sa boiterie, mes pieds ne touchent pas terre.

«Pendant que j’écris ces lignes, un gros bourdon est entré dans la pièce et la remplit d’un son grave. Comme c’est beau, quelle profonde joie de vivre recèle ce son plein, vibrant d’énergie, de chaleur estivale et de parfum floral.

« Sonitchka, soyez gaie et écrivez-moi vite, bien vite, je me languis, » De la prison de Wronke, le 19 mai 1917. »

Extrait

« Rosetta, Rosa, Rose, Rosita. Saint-Jeannet était un jardin. Je me rappelle la rose centifolia, la rose cent-feuilles, il y en avait à Saint-Jeannet. Je me rappelle les œillets qui sont passés de mode. Les œillets jaunes et rouges. Et la fleur d’oranger. Je me rappelle ma mère. J’aurais aimé lui tresser une couronne de fleurs d’oranger. Et qu’elle sourie au milieu d’une ronde de femmes, comme dans un des tableaux de chez monsieur Rasse, un tableau un peu mièvre, aux couleurs pastel, alors qu’en vérité les couleurs de mon enfance sont si nettes, si tranchées, presque violentes.

Je n’ai tressé aucune couronne de fleurs d’oranger pour ma mère. Nous, ses enfants, avons couvert son cercueil de brassées d’œillets blancs.

Il n’y a plus d’œillets. Il reste l’œillade, le regard ébloui sur la vallée jusqu’à la mer, le regard aveuglé par le rien de la mer noyée de lumière. » p. 96-97

À propos de l’autrice

Maryline Desbiolles © Photo Philippe Matsas

Née en 1959 à Ugine, Maryline Desbiolles vit dans l’arrière-pays niçois. Autrice d’une œuvre importante, essentiellement romanesque, ses livres ont paru dans la collection Fiction & Cie au Seuil jusqu’en 2023, année où elle a rejoint le catalogue de Sabine Wespieser éditeur. Révélée au public avec La Seiche (1998), elle a remporté le prix Femina en 1999 avec Anchise et le prix Franz Hessel 2022 pour Charbons ardentsIl n’y aura pas de sang versé, évocation très remarquée de la première grève de femmes connue est le premier livre paru chez Sabine Wespieser. Il sera suivi en mars 2024 de Paysage au hangar, une conversation avec le sculpteur Bernard Pagès, puis par L’Agrafe, roman couronné du Prix littéraire Le Monde. En janvier 2026 est paru Rose la nuit. (Source : Sabine Wespieser Éditeur)

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