Dans les coulisses de la dernière interview de la princesse Diana

Par Mathieu Van Overstraeten @matvano

Diana, confidences d’une princesse rebelle (Sophie Couturier – Sandrine Revel – Editions Steinkis)

Au printemps 1997, la journaliste Annick Cojean propose au journal Le Monde une série d’été autour de 12 photos mythiques. Son idée est d’interviewer 12 personnalités à propos de quelques-unes des images entrées dans la mémoire collective. Comme elle le dit elle-même, elle cherche à « dévoiler l’histoire derrière chaque cliché, en pénétrer l’intime ». Parmi les personnalités sélectionnées par Annick Cojean, on retrouve des grands noms de la politique internationale comme Mikhaïl Gorbatchev, Yasser Arafat ou Nelson Mandela. Mais à la grande surprise de son chef, la journaliste propose également d’interviewer la princesse Diana. Pourquoi ce choix étonnant pour un journal comme Le Monde, qui n’a pas pour habitude de parler des « people »? Tout simplement parce que Lady Di est devenue aux yeux d’Annick Cojean le symbole d’une femme libre qui a osé braver la couronne. A priori, ses chances d’obtenir un entretien avec la princesse britannique semblent proches de zéro. Diana n’accorde quasiment jamais d’interviews, malgré les très nombreuses sollicitations. Mais de manière étonnante, la princesse est touchée par la sincérité de la démarche d’Annick Cojean, qui lui écrit une lettre manuscrite, et elle accepte de recevoir la journaliste dans sa demeure de Kensington Palace. Pendant une heure, Diana se confie avec passion et détermination sur ses engagements humanitaires, notamment ceux en faveur des malades du sida ou contre les mines antipersonnel. Le 27 août 1997, le journal Le Monde publie l’article « La princesse au grand coeur », dans lequel Lady Di se livre comme jamais. La publication fait l’effet d’une bombe au Royaume-Uni, notamment parce que la mère du futur roi d’Angleterre y critique l’action du gouvernement de John Major par rapport aux mines antipersonnel. Elle va jusqu’à utiliser le terme « désespérant » pour qualifier le prédécesseur de Tony Blair. Comment la princesse se permet-elle une telle liberté de ton, qui plus est dans un journal français? Chercherait-elle à s’immiscer dans la politique britannique? Pendant quelques jours, l’article du journal Le Monde suscite la polémique. Mais ce n’est évidemment rien à côté de la tempête médiatique qui démarre dans la nuit du 31 août, lorsqu’un terrible accident de voiture coûte la vie à la princesse Diana dans le tunnel du pont de l’Alma à Paris. Subitement, Annick Cojean devient « la dernière journaliste à avoir interviewé Diana ». Alors qu’elle est bouleversée par la mort de la princesse, elle est réclamée sur tous les plateaux de télévision… 

Oui, il y a encore moyen de raconter des choses nouvelles sur la princesse Diana. Et même des choses particulièrement intéressantes! D’ailleurs, si « Diana, confidences d’une princesse rebelle » est une BD réussie, c’est précisément parce qu’elle n’a rien d’une biographie classique sur Lady Di. En réalité, la célèbre princesse n’est d’ailleurs même pas la principale protagoniste de cette bande dessinée, puisque la scénariste Sophie Couturier et la dessinatrice Sandrine Revel s’intéressent avant tout à la journaliste Annick Cojean. Celle-ci a sans doute vécu le moment le plus intense de sa carrière durant l’été 1997. On découvre comment la journaliste française obtient d’abord une interview inespérée de Diana, avant de devenir elle-même la proie des médias lorsque la princesse meurt tragiquement dans un tunnel parisien. En plus de nous éclairer sur les derniers mois de Diana, cette BD est donc aussi une plongée passionnante dans le quotidien d’une journaliste. Bien racontée par Sophie Couturier et magnifiquement illustrée par Sandrine Revel, « Diana, confidences d’une princesse rebelle » est une BD documentaire éclairante et inattendue sur le dernier été particulièrement agité de la princesse britannique. Les deux autrices y trouvent le ton juste pour expliquer comment un simple article publié dans le cadre d’une série d’été a fini par prendre une dimension testamentaire. La preuve, c’est qu’un extrait de l’article figure même sur le mémorial où repose la princesse Diana: « Rien ne me communique plus de bonheur que d’essayer d’aider les plus vulnérables de cette société. C’est un but et une partie désormais essentiels de ma vie. Une sorte de destin. Quiconque en détresse m’appellera, j’accourrai, où qu’il soit. »