Un grand merci à Babelio et à l’éditeur pour avoir été sélectionnée lors du dernier masse critique.
C’était une évidence pour moi de choisir ce thème, étant habitante en zone rurale et profondément anti-chasse.
Dès les premières lignes, il est difficile de ne pas songer à l’affaire Morgane Keane, ce jeune lotois tué par un chasseur en 2020 qui visait un sanglier. Dans le roman, le frère ainé du jeune Léon est en train de couper du bois dans son jardin quand une balle d’un chasseur l’atteint. C’est ce qui est réellement arrivé à Morgane Keane. A la suite de son décès tragique, des amies ont fondé le collectif Un jour un chasseur, que je vous encourage à découvrir.
Mais revenons au roman. Le jeune Léon et Lily, la petite amie de son frère abattu vont devoir, à la fois tenter de faire leur deuil, et étancher leur soif de justice. Rapidement, Léon, 14 ans, se met en tête que son frère n’a pas été tué par accident, mais qu’il s’agit bien d’un meurtre.
Tous les personnages sont extrêmement bien campés et les attitudes des divers protagonistes extrêmement bien retranscrites, sans caricature ou exagération.
Les atermoiements du maire d’une petite commune, des habitants partagés par la pratique de la chasse, une petite association s’opposant au groupe de chasseurs locaux, forts en gueule et peu disposés à négocier. La violence prête à refaire surface, la complaisance des médias locaux, la réponse disproportionnée des forces de l’ordre, l’emballement des réseaux sociaux, et au milieu de tout ça, deux gamins déboussolés et devant endosser des responsabilités d’adultes.
Cela sent le vécu, et l’auteur a également eu la bonne idée de donner la parole aux sangliers victimes des chasseurs.
Dans la vie réelle les faits tournent rarement à l’avantage des victimes. Il y a très peu de condamnations des accidents de chasse, jamais de prison ferme, rarement avec sursis. De plus, le partage de la nature est compliqué, et la dangerosité de ce loisir mortifère n’est plus à démontrer.
Je tiens donc à remercier l’auteur, Benoit Fourchard, qui a eu le grand mérite de se frotter à un sujet de société difficile car très clivant, et avec talent. Un roman qui, je l’espère, donnera matière à réflexion aux plus jeunes comme aux adultes.