Qui après nous vivrez

Par Lalitote

Je remercie les Editions du Rivages/Noir pour l'envoi de cette nouvelle lecture.

Hervé Le Corre 

Biographie de l'auteur

Hervé Le Corre est l'une des grandes voix du roman noir français contemporain. Il a remporté la plupart des prix de littérature policière. Ses romans Après la guerre, Prendre les loups pour des chiens et Dans l'ombre du brasier ont connu un large succès public et critique. Ils ont été traduits en plusieurs langues.

Présentation de l'éditeur

A la fin du XXIe siècle, dans une grande ville de province, une jeune femme et son compagnon viennent malgré les crises à répétition, de donner naissance à un enfant. Un jour, le réseau électrique français s’effondre et une émeute plus violente que les autres éclate. Le jeune père ne rentre pas chez lui. Pour sa compagne, l’angoisse va grandissant.
Trois générations plus tard, dans un monde où toute technologie avancée a disparu, un petit groupe de gens a trouvé un abri de fortune dans une maison campagnarde qui a échappé à la destruction. Pas pour longtemps. Des pillards vont bientôt l’incendier et les survivants vont devoir fuir sur les routes avec leur carriole et leur cheval. Commence une épopée proche du western, où chaque jour l’enjeu est de survivre…

Ma chronique : 

Tout commence par la grande panne, celle qui a suivi les multiples pandémies au XXI siècle. Un jeune couple Rebecca et Martin viennent de mettre au monde une petite fille Alice. Dans ce monde en décomposition Rebecca se retrouve seule a devoir quitter la ville en prise aux émeutes et aux violences grandissantes. Les années passent, la peur reste, elle accompagne toute l'écriture de ce roman, peur de mourir, peur de manquer, peur des autres. La peur contamine tout, rendant les uns vulnérables et les autres brutaux et violents. Un roman post apocalyptique d'une noirceur à toute épreuve. Je ne conseille pas sa lecture aux personnes déprimées. Personnellement c'est un énorme coup de cœur pour ce roman qui vous met le cœur et la tête à l'envers. C'est une projection de ce qui pourrait bien nous attendre si nous poursuivons sur notre lancée sans rien remettre en question. C'est réaliste, cruel, cynique et tellement vraisemblable. L'auteur met en lumière nos peurs les plus profondes avec toujours comme éclairage salvateur, les femmes. Nous allons ainsi suivre trois générations féminines, de mère en fille, les pères sont souvent absents physiquement mais restent dans le cœur et la mémoire de ses femmes. La femme tient une place importante de cette symbolique de vie, elle est la mère, la femme, l'amante, la guérisseuse, la force envers et contre tout. On suit avec effarement, les soubresauts de cette humanité dans toutes ses dérives. Une galerie de personnages attachante dont la destiné est incertaine mais avec chevillée au corps la nécessite de survie. Une belle écriture qui sait montrer avec poésie la beauté du monde et à contrario trouver les mots pour décrire l’innommable et le retour de l'obscurantisme. Un roman puissant qui pourrait bien éveiller les consciences et provoquer la réflexion. Bonne lecture. 

Citations : 

Toute la fin du siècle dernier et au début de celui-ci les alertes ont été données, sonnées, gueulées. Il fallait changer de logique, cesser la fuite en avant de l’avidité, de la rapacité des puissants de ce monde qui saccageaient la planète et les peuples par tous les moyens possibles. Catastrophes climatiques, famines, pandémies, guerres. La misère et la barbarie partout. On voyait chaque jour le monde imploser mais on était trop peu nombreux à se rebeller. Les gens s’imaginaient qu’ils échapperaient au pire. Ils achetaient des climatiseurs, des téléphones neufs, ils prenaient des avions, ils regardaient les guerres sur leurs écrans, soulagés qu’elles se déroulent loin d’eux, pleurnichant de temps à autre sur les malheurs du monde pour mettre à jour leur bonne conscience. Pendant ce temps perdu, les maîtres de ce monde-là conduisaient à pleine vitesse vers le bord de la falaise et nous demandaient à nous, pauvres cons, de retenir le bolide pour l’empêcher de basculer. Ils pensaient peut-être qu’ils parviendraient à sauter en marche et quelques-uns ont dû le faire… À cette heure, il en reste probablement quelques-uns dans des forteresses en Norvège ou en Alaska, va savoir, gardés par leurs milices.


La planète tournait sur son axe comme une volaille desséchée empalée sur sa broche, mue par un increvable moteur.


Les riches toujours plus riches, plus âpres au gain, plus arrogants, plus cyniques.