Anneli Jordahl – Les Filles du chasseur d’ours **

Par Laure F. @LFolavril

Éditions de l’Observatoire – janvier 2024 – 444 pages

*

Elles sont sept, les filles du chasseur d’ours. Sept filles aux airs et à la réputation de vraies sauvageonnes.

Elga veut devenir indépendante, apprendre à lire. Simone est très croyante. Laura a une âme d’artiste, Aune une âme de conteuse. Tiina est aussi sauvage que Tania est têtue. L’aînée, Johanna, radicale et brutale, s’apprête à faire régner la terreur.

Les rumeurs leur prêtent mille et une légendes – les sœurs Leskinen fascinent autant qu’elles révulsent. Leurs longues chevelures rousses, leurs gestes brutaux et leur grossièreté font beaucoup parler. Elles sont sales, débraillées, couvertes d’égratignures. Elles adorent se battre dans la boue, chasser, braconner. Elles fuient l’école et toutes formes de socialisation comme la peste, se méfient des technologies. Mais en réalité, qui sont-elles ? Personne ne le sait vraiment. Depuis la mort de leur père, un célèbre chasseur d’ours, les sœurs se retrouvent livrées à elles-mêmes. Elles rêvent de partir vers le nord de la Finlande, royaume de forêts primitives, et d’échapper à la violence de leur mère, qu’elles détestent profondément. Elles gardent en mémoire les mises en garde de leur père contre la société et toute institution, bien décidées à honorer sa mémoire.

De ce roman finlandais, j’ai aimé l’écriture évocatrice – j’ai été transportée par la description des lacs et forêts, saisie par le contraste entre la beauté du sauvage et le langage ordurier des sœurs. J’ai eu du mal au début à éprouver de l’empathie pour ces sœurs. Il faut dire que le roman d’Anneli Jordahl m’a totalement déroutée et déstabilisée ; il s’en dégage une telle sauvagerie, une telle âpreté. Peu à peu, la tension s’installe : on ne sait qui sera le plus meurtrier : l’hostilité de la nature ou le clan sororal