Kevin Chen : Ghost Town

Par Lebouquineur @LBouquineur

Kevin Chen, né en 1976 à Yongjin à Taïwan, a débuté sa carrière artistique en tant qu’acteur de cinéma, jouant dans des films taïwanais et allemands. Il vit aujourd’hui à Berlin, est rédacteur pour le magazine Performing Arts Reviews et a publié plusieurs romans, des essais et des recueils de nouvelles. Son roman, Ghost Town, vient de paraître.

Chen Tienhong, étudiant en littérature à Berlin grâce à une bourse d’étude, revient dans son île et son village natal, Yongjing. Un retour qui tombe le jour de la Fête des Fantômes où l’on accueille et fête les défunts…

Un bon roman j’en suis certain mais trop difficile à suivre pour moi !

Pour entrer un peu plus dans l’intrigue je pourrais dire qu’il y est question de fantômes, qu’il y a des pleurs, un hippopotame et que le village natal de l’auteur sert de décor, mais ce serait trop réducteur et un peu juste pour vous en faire une idée.

Chen Tienhong est le personnage principal du roman, homosexuel il a dû quitter son pays et c’est à Berlin qu’il vivra une passion particulière et violente avec un nommé T. qu’il finira par tuer. Libéré de sa peine, il revient au pays et retrouve sa famille : ils étaient sept enfants, cinq filles et deux garçons, lui-même étant le benjamin. De ses sœurs, disons que l’ainée « a une gorge aux reliefs pittoresques », la seconde est invisible aux yeux des gens, la troisième « a un nez droit comme une tour d’un beau quartier urbain », la quatrième « une peau fine et blanche comme du papier » et la cinquième est « tout simplement la plus belle fille de Yongjing ».

Les parents (la mère est surnommée la Cigale) et tous leurs enfants ont tous des secrets intimes plus ou moins avouables, de cette famille certains sont décédés et les vivants vivent éloignés les uns des autres, le retour de Chen Tienhong, tel un aimant, ramène tout le monde y compris les défunts vers lui qui a catalysé l’explosion familiale.

Et c’est là qu’on entre dans ce qui m’a rebuté dans cette lecture, la construction extravagante (mais de talent) de ce roman. Tout le monde s’exprime, mais ce n’est pas un roman choral au sens habituel du terme, ici on a du mal à saisir immédiatement qui s’exprime, la chronologie est explosée, vivants et morts ramènent leurs souvenirs ou versions des faits, d’une ligne à l’autre un autre acteur s’exprime. De polyphonie on tombe en cacophonie. Et même quand on parvient à suivre le discours, le texte recèle des mystères qui ne s’éclairciront que plus tard (ou jamais). Mille fois j’ai failli abandonner mais c’est un bon roman (il me semble ?) alors j’ai insisté mais que ce fût dur et finalement trop déroutant pour me satisfaire.

Outre les bizarreries de cette famille, le bouquin nous permet de découvrir dans les pas du revenu quasi revenant les mœurs et les coutumes locales, l’évolution de l’île et de son régime politique.

Vous l’avez compris, un roman pour lecteurs chevronnés.